[journal] 2 – israël

Shalom le monde !

C’est en vagabondant dans le catalogue des éditions Zulma, particulièrement fourni en littérature étrangère, que je suis tombée sur ce qui allait devenir le deuxième livre de ce challenge. C’est donc en Israël que nous faisons escale cette fois, avec My First Sony, de Benny Barbash.

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Le résumé ? Alléchant : [Yotam enregistre tout sur son petit magnétophone Sony. La vie qui passe, à commencer par celle de ses parents, plutôt déglinguée, les récits des uns et des autres, pittoresques en diable, toutes les histoires que l’on raconte en famille et ailleurs sur l’amour, le sexe, la religion, la politique, la guerre, d’hier et d’aujourd’hui, la Shoah, les luttes, l’immigration, l’exil… Et c’est toute la société israélienne contemporaine qui défile ainsi, dans un tourbillon aussi drôle qu’époustouflant !]

Tourbillon ? Le mot est parfaitement choisi : dès les premières pages de My First Sony, on se retrouve emporté dans l’histoire truculente de cette famille israélienne. Il y a là le père, Assi, coureur de jupons malheureux, la mère, Alma, architecte militante, et bien sûr Yotam qui archive tout ; mais aussi un grand frère, une petite soeur, quatre grands-parents, deux oncles, deux tantes, une ribambelle de cousins, les amies de la mère, les conquêtes du père, et en deux temps trois mouvements c’est tout un monde qui s’entrechoque et s’interpelle dans les situations les plus variées.

La grande force de ce livre, c’est de ne s’être pas limité à une version chronologique des choses : ici, c’est Yotam, l’enfant du milieu peu sûr de lui, qui raconte avec ses mots, dans le désordre, sa vie et sa famille. Et on revient sans cesse en arrière, en avant, parce qu’un mot nécessite une explication, ou parce qu’un moment réveille un souvenir qui rappelle une histoire du grand-père qui… et ainsi de suite. Si ce rythme particulier est parfois difficile à suivre (mais où en est-on dans le récit, qu’est-ce qui se passe avant quoi ?), il permet aussi de changer de thème à la vitesse de la pensée.

C’est ainsi que l’on ne cesse d’alterner entre altercation politique et cérémonie religieuse, histoire d’amour et anecdote sexuelle, scène du quotidien et moment d’Histoire. Et de l’Histoire, avec un grand H, ça il y en a. De la fin du XIXème siècle à nos jours, des pogroms au conflit israélo-palestinien, de la Pologne à Israël en passant par l’Argentine, c’est tout un pan de culture moderne qui se révèle grâce aux récits des uns et des autres – surtout du grand-père vétéran de guerre, Zvi. Cet ouvrage offre également un aperçu de la religion juive contemporaine : ses rites, ses contradictions, son langage… On découvre presque à chaque page un nouveau mot ou un éminent personnage politique, et c’est un bonheur pour une curieuse comme moi (sachant qu’un lexique fort nécessaire répertorie en fin d’ouvrage les noms et termes spécifiques).

My First Sony, c’est enfin une écriture étonnamment vivante : des phrases interminables, mais si rythmées qu’on se rend à peine compte de leur longueur, des dialogues intégrés dans la narration (et c’est l’instant extrait : « et (…) Grand-père lui dit, tu vois, nous avons fait tout ce long chemin pour revenir exactement à notre point de départ et tous ces chemins qui nous ramènent toujours exactement là d’où nous nous sommes enfuis, se répètent dans l’histoire de notre famille, encore et encore, mais personne ne sait vraiment quelle leçon il faut en tirer ») et les réflexions intérieures du narrateur. Yotam, un peu à l’écart, toujours à l’écoute, s’efface devant ce monde qu’il décrit ; il commente relativement peu, mais son regard est constamment présent.

Deuxième lecture, deuxième coup de coeur ! Je conseille définitivement ce livre aux curieux de culture, tout simplement pour son érudition, sa galaxie de personnages que l’on se surprend à finalement comprendre, un peu, et pour son regard original et complet sur la société israélienne.

> BARBASH, Benny – My First Sony, éditions Zulma – traduit de l’hébreu par Dominique Rotermund.
> rédigé au son de « Hatikvah » .

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