[journal] 4 – iran

Salâm le monde !

Cette fois-ci, c’est pour… l’Iran que nous partons, grâce à un livre déniché par hasard dans les rayonnages de la bibliothèque municipale où je travaille. Comme promis dans le post précédent, je vous présente aujourd’hui le recueil de nouvelles Comme tous les après-midi, de Zoyâ Pirzâd.

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[Alieh, Rowshanak ou Raheleh sont souvent à leur fenêtre. Entre le riz pilaf aux lentilles et les pétunias, le voile et une paire de bas, le mari, les enfants, les aïeuls ou les voisines, elles guettent ce qui va venir conforter ou bousculer leurs habitudes. Au fil des saisons et des générations de femmes, flotte sur Comme tous les après-midi un parfum de mystère étrange et pénétrant. Par touches légères, prégnantes, se dessine en filigrane, parfois à la lisière du fantastique, un portrait discret mais audacieux de la femme iranienne.]

C’est tout en douceur que ce recueil, plutôt court, invite à la découverte de la société iranienne par l’entremise de sa population féminine. Ces femmes persanes, ce sont des jeunes filles, des vieilles femmes ; mais souvent, elles apparaissent plutôt comme des épouses ou des mères. Pour la plupart, elles restent à la maison, ou sortent seulement pour faire des courses. Leurs préoccupations sont ordinaires, cycliques. Que vais-je faire à manger ? Comment gérer les revenus du foyer ? Comment vont les enfants, maintenant qu’ils habitent au loin ? Des vies simples, sous l’égide de maris plus respectueux qu’on ne le croirait, mais sous leur égide tout de même. Chaque nouvelle fixe un moment fugace : cela va de l’activité habituelle, comme dans l’Histoire du lapin et de la tomate, à la brève rébellion contre l’autorité, comme dans Une paire de bas.

Toutes ces histoires, liées les unes aux autres par la similitude des quotidiens de leurs personnages, le sont aussi par de petits clins d’oeil : une robe verte à fleurs blanches, « comme le printemps« , qui apparaît dans une nouvelle pour revenir quelques pages plus loin, un plat traditionnel plusieurs fois cuisiné…

La plume de Zoyâ Pirzâd, claire et naturelle, poétique parfois jusqu’à l’absurde (comme dans l’étrange Les Sauterelles ou la fascinante Dépareillées), détaille ces bribes de vies avec une grande délicatesse. Mot par mot, on sent la tendresse de l’auteure pour les femmes souvent anonymes qu’elle décrit. Une bienveillance qui se transcrit aussi par une dénonciation, subtile et pourtant évidente (ou alors ce n’est que moi) : lasses, enfermées dans un univers domestique étouffant, les protagonistes ne rêvent même plus d’une vie différente (Sur le rebord de la fenêtre) sous peine d’être considérées comme anormales (Dépareillées de nouveau).

Je n’ai pu que regretter l’extrême brièveté de la plupart des nouvelles – trois pages seulement pour certaines – qui ne permet alors pas de s’attacher suffisamment aux personnages ; un regret accentué par la lecture des textes plus longs, d’autant plus marquants et envoûtants de douceur. En refermant le livre, je suis restée un peu sur ma faim, et pourtant je garderai un souvenir affectueux de ces destins modestes, si lointains et qui paraissent pourtant si proches.

> La prochaine lecture sera L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón.

> PIRZÂD, Zoyâ – Comme tous les après-midi, éditions Zulma – traduit du persan par Christophe Balaÿ.
> rédigé au son de « 
Ey Iran » puis « Soroud-e Melli-e Jomhouri-e Eslami-e Iran » .

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