[journal] 7 – argentine

¡Hola le monde !

Remise en contexte. C’était il y a quelques semaines, quand je cherchais (comme d’habitude) des titres pour intégrer ma liste. Je naviguais tranquillement dans le catalogue des éditions Seuil, et je dois avouer que c’est sa couverture qui m’a d’abord attirée vers Histoire argentine, de Rodrigo Fresán. Une fois son résumé lu, il m’est apparu comme une oeuvre insolite et enthousiasmante, et c’est pourquoi je l’ai finalement choisi. Me revoici une fois ma lecture achevée : let’s see.

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Jugez vous-même : [Un jeune Argentin vivant à Londres pour qui le Mickey de L’Apprenti sorcier est un modèle de rébellion ; un cacique de la pampa à vocation d’écrivain qui extorque des fonds pour la guerilla ; un gardien de but chargé d’organiser des matchs de football dans les camps de détention de la dictature militaire ; deux gauchos discourant sur l’invisibilité et le renouveau de la littérature après le meurtre manqué de Borges : tels sont quelques-uns des thèmes développés dans les seize récits qui composent le premier livre de Rodrigo Fresán. Histoire argentine contient en germe l’univers littéraire très personnel et très original de l’auteur : héros freak des romans à venir, esthétique pop, lieux hors du temps, réflexions sur la création littéraire.]

Me revoici donc, résolument perplexe. En effet, je ne sais pas trop quoi penser de cet ouvrage : tout d’abord, c’est un recueil très particulier. Toutes les nouvelles, si elles semblent au premier abord parler de personnages différents, se révèlent en fait au fur et à mesure de la lecture intimement liées. On retrouve sans cesse les mêmes protagonistes et les mêmes intrigues qui se recoupent, jusqu’à former par petites touches un récit global. Cette concordance dévoilée au long cours est comme camouflée – par des changements constants de narrateur, de point de vue, de dénomination, des déplacements chronologiques… Le tout m’a, je l’avoue, rendu la lecture plutôt confuse et difficile. Il faut noter également que le style de Rodrigo Fresán est singulier : bourré de multiples références culturelles (pop culture quand tu nous tiens – ça va quand même de Bob Dylan à Marcel Proust) et surtout irrégulier, avec beaucoup de changements d’angle et de sujet impromptus. Pour être franche, ça part tout simplement un peu dans tous les sens.

Ce qui m’a aussi laissée désorientée, c’est le violent contraste entre les nouvelles. Autant au niveau du fond elles ont une certaine cohérence, autant au niveau de la forme c’est totalement hétérogène d’un texte à l’autre. Avec des passages très courts, d’autres passages assez longs, et au milieu de tout ça le fort surprenant La Roca Argentina (qui m’a surprise et néanmoins convaincue, et se présente sous forme de – comment décrire ça – d’historique/critique d’album ?), l’ensemble est vraiment hétéroclite. Cela m’a conduite, forcément, à des grosses différences d’affinités avec les nouvelles, et a perturbé l’équilibre de ma lecture. Je m’explique. Certaines, bien qu’indubitablement inattendues, m’ont fascinée : la très référentielle L’Apprenti sorcier (attention, minute citation : « Parfois, tout cela me dépasse et j’ai l’impression de me voir de l’extérieur. De voir ma vie, plus exactement. Je la regarde comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre. J’ai lu un jour dans un magazine que les gens cliniquement morts pendant quelques secondes éprouvent la même chose. Ils se voient de l’extérieur. Je suis peut-être cliniquement mort depuis des années, qui sait, depuis que j’ai vu Fantasia pour la première fois, et ce qui défile devant moi dans ces moments-là relativise mes vingt-cinq ans d’existence.« ), la captivante Le héros du roman que je n’ai pas encore commencé à écrire (« Le héros du roman que je n’ai pas encore commencé à écrire est argentin. Cela ne fait pas de doute pour moi. Je pense que certains personnages doivent être argentins pour fonctionner. Plutôt mal que bien, comme il se doit. Il est donc argentin et j’ajouterais qu’il ne fonctionne pas très bien pour de nombreuses et différentes raisons. J’en comprends certaines, d’autres m’échappent.« ) ou encore la divertissante Des gens avec des Walkman qui insiste sur mon personnage « préféré », Alejo (« S’il en était capable, s’il n’était pas si timide, il réclamerait l’attention des passagers et leur tiendrait ce type de discours : « Mesdames et messieurs, tâchez de calmer votre peur ; il ne vous arrivera rien tant que je serai ici. Il est vrai que je suis la personne la moins veinarde de cet avion. Il m’arrive constamment d’épouvantables tuiles, mais j’y survis toujours. Ce qui se passe maintenant n’est qu’une de ces mésaventures.« )

Cependant, en parallèle de ces agréables surprises, j’ai également été confrontée à d’autres nouvelles qui m’ont malheureusement déplu. C’est un avis très personnel, mais il faut admettre que je n’ai pas réussi à m’intéresser par exemple à Le bord extérieur, située au milieu de l’ouvrage et qui m’a donné l’impression que je n’arriverais jamais à terminer ce livre, ou à La passion des foules. Ces moins bonnes expériences m’ont embarrassées, car j’ai du coup l’impression d’être passée à côté d’une partie du message de l’auteur.

Cependant, j’ai apprécié le regard très neutre, un peu distant, sur l’histoire de l’Argentine – si les nouvelles elles-mêmes ne l’abordent qu’en filigrane, un intéressant commentaire d’Ignacio Echevarría en début de livre éclaire les évènements évoqués et révèle une histoire moderne frappante d’instabilité. L’auteur offre ainsi une image plutôt objective sur son pays d’origine, soulignant le fait que comme ses personnages, il observe sa propre personne et les choses qui l’entourent « de l’extérieur ».

Si ce livre n’est clairement pas un coup de coeur, j’ai pu y trouver des points positifs qui m’ont aidée à passer outre les formulations alambiquées et mon désamour de certains des textes. Pour ses citations souvent piquantes, ses situations surréalistes et la variété des structures littéraires proposées, je ne regrette pas d’avoir lu Histoire argentine. Je vous suggère par ailleurs de ne pas hésiter à vous faire votre propre opinion, car même si j’ai un peu (n’ayons pas peur des mots) galéré à aller jusqu’au bout, je reste convaincue que c’est une « histoire » atypique dans le bon sens du terme, et qui vaut le coup d’oeil.

> La prochaine lecture sera Le lièvre de Vatanen, d’Arto Paasilinna.

> FRESÁN, Rodrigo – Histoire argentine, éditions du Seuil – traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon – préfaces de Ray Loriga et d’Ignacio Echevarría.
> rédigé au son de « 
Himno Nacional Argentino » .

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