[journal] 27 – angola

Olá le monde !

Souvent, les rencontres faites par hasard sont parmi les plus belles que l’on puisse faire. Eh bien, ici, ça a été le cas pour moi, parce que je ne pensais pas que Le Peuple de la brume serait une lecture aussi douce, ni que je viendrais vous en parler pour un livre | un pays. Et pourtant ! C’est donc, vous l’aurez compris, l’heure d’un petit détour par l’Angola, la tête dans les nuages avec Le Peuple de la brume de José Eduardo Agualusa.

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[Lorsque tous les continents ont été recouverts par les eaux, des hommes ingénieux ont sauvé leur peau en construisant d’immenses villes volantes. Deux millions de rescapés ont appris à vivre différemment dans ce monde des airs. Mais pour Carlos et Aimée, la terre n’est pas seulement une histoire ancienne…]

L’histoire de ce livre, c’est celle de Carlos Benjamim Tucano, qui vit avec sa famille dans le village de radeaux volants qu’est devenu Luanda après le Déluge. Autant vous dire tout de suite que si j’ai commencé ce livre, c’est grâce à ses premières pages qui présentent l’univers dans lequel se déroule le récit : j’ai aussi été conquise par la promesse d’un monde de dirigeables et de ciel infini, parce que c’était fort joliment dit et aussi parce que les prémisses semblaient terriblement actuels.

Après la fin du monde, nous sommes montés au ciel.
Il y a plus de trente ans que s’est produit le grand désastre – le Déluge. La mer a enflé et submergé les continents. La température au sol est devenue insupportable. En quelques mois, on a construit des centaines de dirigeables gigantesques. Parmi les plus grands, il y a le Shanghai, avec cinquante mille habitants, le New York, le São Paulo et le Tokyo, chacun avec plus de vingt mille personnes à leur bord. Les familles les plus pauvres, n’ayant pas les moyens d’acheter un appartement dans ces villes flottantes, se sont fabriqué des ballons, souvent rudimentaires, que nous appelons les radeaux.
Seul un pour cent de l’humanité a réussi à s’élever dans les airs, échappant ainsi à l’enfer tout en bas.

Et paf, déjà, après un paragraphe, si vous êtes comme moi, vous avez envie d’en savoir plus. Au fil du roman, on suit Carlos à la recherche de son père disparu pendant une tempête, et on va avec lui se retrouver sur la piste d’un mystère bien plus grand, bien plus beau, bien plus inquiétant. Bref, c’est une sacrée aventure, avec de grands enjeux, et pourtant je retiens surtout de cette lecture une grande douceur (mais ça je l’ai déjà dit) et une atmosphère très particulière, contemplative et envoûtante. Par ses mots, l’auteur nous introduit à un univers captivant, fait d’interdits (d’impossibilités) et de liberté, de dangers et d’espoir.

Ciel : ensemble des territoires où la vie est plus légère que l’air. Pour les anciens, un lieu dépourvu de passé, comme un chant d’oiseau sans qu’il n’y ait plus d’oiseau. Lieu vers lequel s’élancent les rêves, y compris les mauvais. [citation extraite, comme les suivantes, des ouvertures de chapitre présentées comme les entrées d’un lexique imaginaire]

Il nous fait réfléchir à notre monde, à notre société, à ce qui en survivrait si elle se retrouvait balayée par une catastrophe écologique soudaine et de grande ampleur. Alors que, je le suppose, vous lirez comme moi ce roman bien planté·e·s au sol, José Eduardo Agualusa réussira sûrement à vous inspirer la nostalgie de la terre sous vos pieds et des arbres devenus un souvenir, et la mélancolie liée à la pensée que vous ne remettrez jamais les pieds sur votre terre de naissance, tout simplement parce que la terre n’est plus une option. Parce que oui, si Carlos est un « fils du ciel », né dans les airs et familier des cabrioles sur des câbles à des kilomètres de la mer en-dessous de lui, son présent est encore suffisamment proche du nôtre pour le mettre en contact avec des personnes ayant connu le Déluge, la vie sur la terre et l’exil dans les cieux. Et c’est infiniment touchant de se retrouver face à ce mal du pays si particulier, qui pourrait être le nôtre dans ce monde de pourquoi-pas-bientôt.

Terre : pour la majorité des fils du ciel, la terre est une lubie des anciens. Pour les anciens, c’est un rêve auquel ils ont eux-mêmes cessé de croire.

En bref : une lecture d’évasion, faite de rêve, de vent et de brouillard, qui nous parle aussi d’écologie en filigrane, avec beaucoup de poésie et de respect. Un texte difficile à décrire, riche et délicat, qui peut autant faire réfléchir (à ce qui fait l’être humain, au monde qui nous entoure) que simplement motiver la rêverie.

Identité : ne dépend pas de l’endroit où l’on naît, puisque dans le ciel tout est mouvement, mais plutôt des lieux par où l’on passe. Notre identité, c’est ce que le voyage fait de nous aussi longtemps qu’il se poursuit. Seuls les morts, ceux qui ont cessé de voyager, ont une identité bien définie.

> AGUALUSA, José Eduardo – Le Peuple de la brume, La joie de lire – traduit du portugais (Angola) par Dominique Nédellec.
> rédigé au son de Yesterday
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