[journal] 19 – mongolie

Sain bain uu le monde !

Me voici de retour avec la première lecture de ma petite pile à lire un livre | un pays pour le mois de mai : Dojnaa, de Galsan Tschinag. J’ai mis un peu de temps à écrire cette chronique – notamment parce que j’avais pas mal de services presse auto-édités à avancer – mais maintenant, me revoilà plongée dans la littérature internationale… et plus spécialement la littérature mongole, avec ce court roman qui m’a totalement dépaysée.

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[À travers le personnage de Dojnaa, fille d’un lutteur légendaire, Galsan Tschinag raconte la grande steppe de Mongolie et ses nomades, la condition féminine, les traditions ancestrales qui peu à peu disparaissent au profit de la modernité, les rites chamaniques, la yourte et le cheval, ami inséparable dans ces étendues sans fin…]

Moi qui cherche à avoir un aperçu d’autres cultures, on peut dire qu’avec Dojnaa, j’ai été servie. Tout, dans ce roman, respire l’ailleurs. Galsan Tschinag nous présente dans cette histoire la vie d’un personnage féminin, par tranches, de sa jeunesse (et son mariage sans amour : « Ils partageaient donc le même toit, le même lit, empêtrés dans les liens invisibles mais tout-puissants du mariage, sans la moindre perspective de libération. Ils avaient beau n’en jamais rien dire, ils vivaient tous deux dans la certitude, présente à chaque souffle, qu’ils resteraient ainsi jusqu’à ce que la mort les sépare et les délivre.« ) à l’âge adulte, en passant par la naissance de ses enfants et sa découverte de la vie de couple. Dojnaa est une femme pragmatique, à la fois simple dans ses raisonnements et un peu plus complexe dans son caractère : d’une nature forte et indépendante, résolument moderne, elle se soumet néanmoins sans faire de vague à la société patriarcale dans laquelle elle vit. Dans la première partie du texte, l’auteur alterne les points de vue : si bien sûr on suit majoritairement la protagoniste éponyme, on peut aussi découvrir quelques passages vus par Doormak, son mari. Or, pour lui, il est évident que son épouse, « sa femelle », doit lui être inférieure ; son objectif est qu’elle le craigne, car il en va de son honneur (« Il brûlait de savoir s’il lui serait possible d’assouplir cette personne et de la soumettre encore plus, malgré ses rudes et fières dispositions. Au bout d’un certain temps, il estima qu’il y parviendrait et crut même avoir deviné comment s’y prendre : il suffisait d’être sec comme la steppe caillouteuse, imprévisible comme les caprices du printemps et inflexible comme le cuir noir. S’il était vraiment capable de se comporter ainsi, elle tremblerait bientôt de honte dans son ancienne peau en se hâtant de satisfaire ses moindres mouvements d’humeur. (…) Chacun saurait enfin quel homme il était !« ). Pour une féministe convaincue comme moi, il en a résulté quelques moments assez déstabilisants et révoltants, mais dont les causes sont de toute évidence bien implantées dans la culture mongole.

Et pourtant, un jour, Doormak s’en va. À partir de cet instant, le personnage de Dojnaa prend de l’ampleur, s’affirme en tant que femme, en tant que mère, en tant que chasseuse aussi. Brimée pendant des années par les convenances, elle se libère de ce carcan et protège et nourrit son foyer, assumant le rôle qui revient selon la coutume à l’homme. Elle s’écoute enfin, prenant en main son destin et celui de sa famille. Cette évolution, bien que plutôt réjouissante, est pourtant suivie de loin : la plume de Galsan Tschinag est simple et factuelle, même lorsqu’elle retranscrit les pensées des personnages, et je me suis sentie tenue à distance des événements (était-ce une distance due à la seule écriture ou également à la différence culturelle ?). Ainsi, en plus d’avoir du mal à comprendre certaines réactions de Dojnaa, je n’ai pas vraiment pu m’attacher à elle et j’ai suivi son quotidien et ses aventures pourtant assez incroyables (elle échappe à des agressions, chasse le loup et le bélier, montre courage et culot face aux personnes qui cherchent à la rabaisser) sans vraiment m’en émouvoir.

Ce que j’ai le plus apprécié dans cette lecture est sans aucun doute l’immersion totale dans des paysages et une vie sociale très différents des nôtres. Un peu neutre quand il s’agit de décrire des sentiments, Galsan Tschinag propose par moments des phrases et des descriptions très belles, visuelles et même poétiques, nous donnant à voir la neige et le ciel, les bêtes et les yourtes (« C’était le deuxième été de leur mariage et cela se passait à la lueur mate et vacillante de la constellation qui, d’abord étoile du soir, était devenue étoile du matin et brillait au sud-est, à un jet de lasso au-dessus des confins de la terre. » ou encore « Le jour brillait bleu clair au-dessus de la terre pelotonnée sous son pelage d’une luminosité toute neuve. La neige, telle une chevelure laineuse et ondulante, était toujours là, ébouriffée, des heures après être tombée. » ). Si je n’ai pas su m’attacher à Dojnaa, elle m’a impressionnée ; j’ai de plus été totalement dépaysée par ce texte dans son ensemble, avec son ambiance si particulière marquée par des coutumes ancestrales. Une lecture brève, parfois crue, aussi criante de vérité et de naturel que sa protagoniste, pour voyager le temps de quelques pages dans les plaines intemporelles de Mongolie.

> La prochaine lecture sera Archanges, de Velibor Čolić.

> TSCHINAG, Galsan – Dojnaa, L’esprit des péninsules – traduit de l’allemand par Dominique Petit et Françoise Toraille.
> rédigé au son de « Mongol Ulsyn Töriin Duulal » .

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