[journal] 16 – soudan

Salam le monde !

Bon, je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à écrire cette critique – en effet, comme je l’explicite plus bas, le recueil Nouvelles du Soudan n’a pas exactement été une bonne lecture, et je suis encore un peu désappointée. Il faut dire que j’en attendais plutôt beaucoup, ayant vraiment apprécié Nouvelles de Madagascar, puis Nouvelles de Tunisie dans la même collection (Miniatures, chez Magellan et Cie, un clic sauve un ours polaire et fera plaisir à cette jolie maison d’édition) ; j’espérais donc que cet opus serait également une belle découverte. Malheureusement, des fois ça marche, et d’autres fois pas autant… explication d’une rencontre ratée entre ce livre et moi.

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[Soudan. Indépendant depuis 1956, le Soudan moderne est l’un des pays les plus vastes du continent africain. Étymologiquement, son nom dérive de l’expression arabe Bilâd as-Sûdân, « le pays des Noirs », qui désignait l’ensemble de l’Afrique saharienne à l’époque médiévale. Depuis au moins deux décennies, la diversité culturelle et religieuse (il est l’héritier des civilisations pharaonique, chrétienne et musulmane), mais aussi la dictature, la guerre civile et ses conséquences comme la misère et le sort des déplacés, se reflètent dans la production littéraire. Les auteurs des six nouvelles rassemblées ici sont d’origine arabe, nubienne, sudiste ou darfouri. Tous écrivent en arabe, mais mettent en scène des personnages venus des quatre coins du pays, avec leurs coutumes et leurs caractéristiques. Les faits évoqués sont souvent graves, mais l’habileté et l’élégance des auteurs, l’humour et le style onirique de certains, qui n’est pas sans rappeler le réalisme magique sud-américain, les transforment en petits bijoux, témoins à la fois d’une dure réalité et d’une littérature qui ne demande qu’à être découverte.]

Ne pensant pas avoir suffisamment à dire sur chacune des nouvelles, je ne détaillerai pas autant que pour les recueils précédents chez Magellan et Cie : ceci sera donc un billet global, plutôt qu’un ensemble de mini-critiques séparées.

En effet, j’ai surtout eu à la lecture de ce livre un sentiment général de… déception. Attention, non pas déception sur la forme, mais sur le fond, et mes reproches sont de plus tout à fait subjectifs – puisque la chose qui m’a le plus gênée est l’impression d’être passée à côté du message dans au moins deux des textes (si ça se trouve, il n’y a pas vraiment plus de message que ce qui est présenté et je suis parano, mais je ne pense pas)Le Char d’assaut, de Ahmad Al-Malik (après qu’il ait acheté un tank d’occasion, le narrateur voit l’attitude de son entourage à son égard changer) et L’Âne du prédicateur d’Abdelghani Karamallah (une bête de somme exploitée par son propriétaire témoigne de ce mauvais traitement et exprime son envie d’indépendance) se présentent ainsi sous une forme proche du conte ou de la fable. Agréable dans l’idée, cet aspect leur donne une dimension très symbolique dans laquelle il est évident que les personnages et les situations correspondent à autre chose que ce qui est objectivement décrit (par exemple, L’âne du prédicateur est très certainement une critique d’un modèle social de classes, très inégalitaire, appelant à une libération du peuple – ou pas, qui sait, peut-être que je divague complètement) ; pourtant, ce n’est pas pour autant clair pour une novice ! Je ne connais pas grand chose à l’histoire du Soudan (ancienne ou récente), et j’ai pour cette raison apprécié l’avant-propos de Xavier Luffin qui en donne un assez bon aperçu. Néanmoins, ce n’est pas suffisant pour saisir toutes les implications des différentes péripéties… En plus de réaliser que j’étais à côté de la plaque pendant la quasi-totalité de ma lecture, je me suis donc sentie un peu bête de ne peut-être tout simplement pas avoir les connaissances requises (même après quelques recherches rapides sur le Soudan, son histoire et sa politique) – pas le sentiment le plus sympa quand on découvre un petit recueil dont on attendait un moment de découverte et, dans une moindre mesure, d’apprentissage. Admettons-le, je ne suis peut-être tout simplement pas faite pour des récits aussi allégoriques ; j’aime en avoir le coeur net, et j’ai toujours peur de me tromper en interprétant des textes aussi ouverts.

Une fois ces deux nouvelles mises de côté, j’ai pu découvrir deux récits de quotidiens assez durs, Des mondes inconnus sur la carte de Stella Gaetano, et Une femme du camp Kadis d’Abdulaziz Baraka Sakin. Le premier raconte la journée d’un petit garçon et de sa soeur, orphelins, alors qu’il se remémore un souvenir particulièrement douloureux et cru – j’ai apprécié ce récit plutôt touchant et s’efforçant de « penser comme un enfant ». Le second m’a moins marquée, et dénonce un régime violent dans lequel les infractions sont sévèrement punies sous le regard impuissant et surtout un peu indifférent de la population. Lanji, la vendeuse de merissa, de Hisham Adam, est un conte initiatique dressant un portrait d’une jeune fille qui monte à la capitale pour fuir la guerre civile, et dont les rêves sont impitoyablement confrontés à la réalité (« Lanji était jolie, on aurait dit un moineau au plumage sombre. C’était avant que la guerre ne vienne rôder autour de son village, comme des nuages qui s’amoncellent dans le ciel à la saison des pluies, un ciel resté vierge, qui ignore l’abstinence de la sécheresse. Avant que les soldats ne remplacent les bananiers, avant que le sifflement des balles ne remplace le chant des criquets, avant que l’odeur de la poudre ne remplace le parfum du café. (…) Le bruit des G-3, des bazookas, des chenilles des chars s’installa dans ses oreilles, de même que les voix des militaires qui, à travers leurs mégaphones, s’élevaient dans le ciel, jusque là domaine exclusif des cigognes et des rouges-gorges.« ). Pour être honnête, le thème est intéressant et l’histoire glaçante de réalisme, mais je n’ai absolument pas su m’attacher à l’héroïne, restant assez indifférente à son parcours… le ton distant propre à ce conte laisse peu de place à l’identification, et se prête plutôt à la simple présentation d’un cas typique. De façon assez pertinente, c’est Histoires de portes de Rania Mamoun qui clôt le recueil. Dans ce court texte, on suit un homme dans sa journée, bonne en prévision mais qui ne se terminera pas comme il l’espérait. Je pense que cette nouvelle a été ma préférée au niveau du fond (simple, mais parlant et efficace), et j’ai apprécié la façon dont l’objet central – la porte – est utilisée pour illustrer différentes situations.

Au niveau de la forme, je n’ai rien à reprocher à la qualité littéraire des textes : ils sont agréables à parcourir et leurs styles, bien que variés, sont tous clairs et pour la plupart même très élégants (par exemple ce passage de Des mondes inconnus sur la carte, la deuxième nouvelle : « Il naviguait dans les rues comme un bateau à la voile rapiécée, fendant les flots de cette mer de l’oubli, traçant sa route sur le temps qui s’écoule, ce temps meurtrier et meurtri à la fois.« , ou cet autre passage d’Une femme du camp Kadis : « En apercevant son visage, même si cela ne dura pas plus de trois secondes, je pus déceler un grand malheur, une immense souffrance sur son visage petit et lisse, un malheur impossible à dissimuler et à supporter, si bien que je me dis intérieurement que même si l’on partageait ce malheur et cette tristesse avec tous les sans-abri du monde, ils ne pourraient l’absorber.« ).

Cependant, au final, je n’ai clairement pas eu une aussi bonne lecture que je l’espérais. Je pense que cette déception est à la fois due à un manque d’implication dans les textes (je n’ai pas accroché aux personnages), et à une connaissance insuffisante de l’environnement qui a influencé les auteurs. Pour autant, je ne compte pas m’arrêter sur cet « échec » : je suis convaincue que la collection Miniatures me réserve encore de belles surprises et de belles découvertes. De toute évidence, je ne vous conseillerais peut-être pas cet ouvrage pour une première approche de la littérature soudanaise ; mais si vous le lisez un jour ou l’avez lu n’hésitez pas à me donner votre avis ! Les défauts que je lui ai trouvés sont après tout très personnels, et sa petite taille en fait un recueil très abordable (il se lit en 45 minutes, une heure maximum !).

> La prochaine lecture sera Pedro Páramo, de Juan Rulfo.

> coll. (AL-MALIK, Ahmad / GAETANO, Stella / ADAM, Hisham / BARAKA SAKIN, Abdulaziz / KARAMALLAH, Abdelghani / MAMOUN, Rania) – Nouvelles du Soudan, éditions Magellan et Cie – traduit de l’arabe par Xavier Luffin.
> rédigé au son de « Nahnu Djundulla Djundulwatan » .

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