[critique] vingt ans et quelques, de charlotte orcival

Bonjour à tous !

Je vous retrouve aujourd’hui (enfin, normalement, j’aurais dû vous retrouver il y a deux jours mais Internet a fait des siennes) pour parler d’un partenariat qui me tient particulièrement à coeur. En effet, je voudrais vous présenter dans cet article le nouveau livre de Charlotte Orcival, dont le roman Forever Young avait été un coup de coeur absolu. Il s’agira donc ici du recueil de nouvelles Vingt ans et quelques…, qui reprend notamment (pour mon plus grand plaisir) certains personnages de Forever Young désormais dans la vingtaine.

[Le temps a passé depuis les 13 ans d’Anna. Aujourd’hui étudiante, comme Laure son amie de toujours, elle se pose encore bien des questions sur son avenir. Normal, elle a 20 ans et toute la vie devant elle. Mais justement, qu’en faire ? Voici cinq nouvelles à propos d’Anna et Laure que vous avez peut-être découvert dans Forever Young mais aussi de nouveaux personnages qui tous ont le point commun de nous apprendre ou de nous rappeler qu’il n’est pas toujours aisé d’avoir 20 ans et quelques mais que cet âge-là demeure sans doute l’un des plus beaux. Beau de tous les possibles qu’il contient.]

Une des forces de Vingt ans et quelques… est sa justesse, décidément caractéristique de la plume de l’auteure. Charlotte Orcival parvient une fois encore à nous faire entrer sans difficulté dans la vie de ses personnages, dans leurs pensées : chaque nouvelle est une véritable tranche de vie tout en finesse, qui sonne vrai et nous emporte en quelques mots. Si il est parfois difficile de s’attacher aux protagonistes d’une nouvelle ou d’en appréhender toute la saveur, ici, l’auteure nous donne à voir juste ce qu’il faut comme il faut. Pas de frustration, pas de « il en aurait fallu plus pour profiter pleinement de l’histoire », puisque chaque texte se suffit à lui-même et présente suffisamment et le cadre et les personnages pour que l’on puisse ensuite savourer les histoires en elles-mêmes. C’est un plaisir de reconnaître au fil des mots Anna ou Laure par exemple, deux personnages clés de Forever Young, et de suivre leurs aventures loin de leur village breton ; pour autant, et c’est un point intéressant qui montre tout le talent de l’auteure, il est tout à fait possible de lire Vingt ans et quelques... indépendamment de ce premier livre.

Plus encore que les personnages, j’ai été ravie de retrouver la plume de Charlotte Orcival. Les tournures des phrases sont élégantes, simples, efficaces (ainsi dans la nouvelle Un pas, les mots font mouche : « Il avait raison. Nous serions tristes plus tard. Nous dormirions quand nous serions morts. Là, c’était maintenant. C’était lui. C’était moi. Je n’allais pas ruiner ça aussi. »). Quelques mots suffisent à faire la connaissance des personnages et à se les représenter. De plus, et j’ai particulièrement apprécié ce fait, on sent tout un travail sur la structure et l’écriture même des nouvelles : les tons et les styles sont variés, et renouvellent à chaque fois l’intérêt du lecteur. Expose yourself to London, la deuxième nouvelle, est par exemple composée exclusivement de lettres, donnant à lire l’histoire en filigrane ; No man’s girl est pleine de péripéties, de dialogues, et est à la troisième personne, quand ma nouvelle préférée, Histoire de rien, est très descriptive et nous place dans la tête de sa protagoniste Laure… Vingt ans et quelques… est donc un recueil à cinq facettes, mais toujours avec les mots vrais et souvent touchants de Charlotte Orcival.

Celle-ci réussit à saisir des moments fugaces, les espoirs (par exemple le coup de foudre d’Anna dans Un pas : « Non, je n’allais pas très bien. Mais je ne pouvais pas me permettre de lui expliquer mes états d’âme. C’était se griller, le faire fuir et perdre tout, que de lui dire, là, après quoi, quarante cinq minutes de conversation et à cinquante minutes de notre premier regard, que j’étais triste parce que là, grâce à lui, je me sentais bien, et même plus que cela, je me sentais voler, planer. Mais que j’allais bientôt me ramasser en beauté parce que dans quelques heures à peine, je repartais loin de là et pour une durée proche du relativement définitif.« ) et les craintes de ses personnages (face à l’amour, aux études… comme ici dans Histoire de rien : « Les autres avaient toujours l’air bien. Heureux d’être là. À l’aise, en somme. Avec des tonnes d’interactions sociales. Les autres semblaient plus adaptés. Toujours mieux équipés. Moi… Moi, perdue dans ce froid. Je n’avais pas l’équipement. Je n’avais pas le sens de l’adaptation. C’était déjà tellement inouï de me retrouver là. Et ce là était un haut lieu de perdition. Qui allait encore en fac de lettres de nos jours ?« ), et toute la complexité de « la vingtaine » entre affirmation de soi et quête d’idéal (je n’ai guère de recul j’avoue, mais je me suis d’autant plus reconnue dans les personnages). Avec naturel et subtilité, Charlotte Orcival nous invite à suivre ses personnages dans des situations parfois difficiles (la relation amoureuse plutôt toxique de X-or par exemple), alors qu’ils construisent leur avenir. Malgré la brièveté des nouvelles, on ne peut manquer de voir l’évolution de Patrice, Anna ou Laure, par le biais de ces moments-charnières qui nous sont décrits : chaque texte de Vingt ans et quelques... est une étape, un nouveau commencement dans la vie de ses protagonistes. Seul (petit) bémol à la lecture pour moi (et sûrement moi seulement haha) ? La multiplicité des changements de temps verbaux au sein des textes voire de certains paragraphes, qui m’a parfois rendu la compréhension (et l’appréciation) difficile. Je suis passée tout juste à côté du coup de coeur, mais Vingt ans et quelques… reste une très jolie lecture, à découvrir depuis le 28 octobre.

Et pour prolonger la lecture en musique, je vous propose de retrouver les morceaux qui ouvrent chaque nouvelle ci-dessous :
¤ U2 – Where The Streets Have No Name
¤ Carousel – You’ll Never Walk Alone
¤ Bruce Springsteen – New York City Serenade
¤ 2 Unlimited – No Limit
¤ Céline Dion – Pour que tu m’aimes encore

> ORCIVAL, Charlotte – Vingt ans et quelques… – auto-édité et disponible ici. Et aussi le blog de l’auteure ici.

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