[critique] toujours à tes côtés, de jean gill

Bonjour à tous !

Je vous retrouve aujourd’hui pour une critique auto-édition un peu particulière, puisque l’ouvrage dont je vais vous parler m’a été envoyé non pas par l’auteure, mais par… sa traductrice ! Eh oui, Jean Gill est galloise (vivant en France, mais tout de même) et elle écrit donc en anglais… ce qui ne l’a pas empêchée de partir à l’assaut du lectorat français pour son ouvrage Someone to look up to, avec l’aide de la traductrice Laure Valentin (si ce nom vous dit quelque chose, c’est peut-être que comme moi, vous avez vu passer sur les réseaux sociaux à un moment donné la saga Runes, d’Ednah Walters, également traduite par Laure). Devenu Toujours à tes côtés en version française, ce roman nous met dans la peau d’un brave patou des Pyrénées (un chien donc), de son enfance de chiot à l’âge adulte. Et ça marche !

[La vie d’un chien, dans le sud de la France. Depuis qu’il est chiot, Sirius le chien de montagne des Pyrénées essaie de comprendre ses humains et de les dresser avec tendresse. Comment cela a-t-il pu conduire au divorce, il n’en a aucune idée. Un autre malentendu entraîne Sirius dans le couloir de la mort d’un refuge pour animaux, où il est considéré comme un chien dangereux. Là-bas, il apprend la survie auprès de ses codétenus. Lors des aboiements du crépuscule, il est stupéfait d’entendre la voix de son frère, mais ces retrouvailles douces-amères sont de courte durée. En chien fidèle, Sirius garde espoir. Un jour, son humain viendra.]

Autant l’avouer tout de suite, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec Toujours à tes côtés, ni si ce livre allait me plaire. Si j’ai accepté ce partenariat, c’est en grande partie par pure curiosité : l’auteure saurait-elle nous emporter aux côtés de son protagoniste ? Serais-je convaincue par l’écriture et la traduction ? Eh bien, à ces deux questions, la réponse est oui, et un joli oui qui plus est. Alors on se met dans l’ambiance, et je vous raconte.

Le récit est à la première personne, et nous met dès le début (et avec brio) dans la tête de Sirius : « Je vais vous montrer là où je suis né. Fermez les yeux et imaginez un ciel si bleu qu’il vous éblouit, une neige si blanche que son éclat étincelle derrière vos paupières closes, des montagnes qui valsent sous le soleil d’hiver et dansent la farandole toute l’année. (…) Je suis né dans les Pyrénées, avec mes deux soeurs et mes quatre frères, sept petites saucisses blanches cherchant à l’aveuglette les tétines de leur mère. ». Ça y est, vous êtes plongés dedans ? Eh bien, ce n’est que le début. Au fil des pages, je n’ai pu m’empêcher d’être happée dans les pensées de Sirius, qui se révèle un personnage haut en couleurs, et extrêmement bien pensé par l’auteure. En effet, Jean Gill ne se contente pas de nous parler d’un chien… elle nous parle chien ! Là où nous voyons certaines choses comme évidentes dans la relation chien-humain, Sirius apporte un tout autre éclairage : j’ai particulièrement apprécié les moments, nombreux, où il faisait des réflexions sur le « dressage de propriétaire », ou sur les difficultés de compréhension des chiens par les hommes (ainsi, devant les jouets proposés par son éleveuse au début de l’histoire : « Malheureusement, comme un chien de la ville qui découvrirait les senteurs d’une promenade à la campagne, l’humain moyen est obsédé par la couleur, ça le rend complètement fou. Ainsi pour notre humaine, il était important que nous ayons des jouets de couleurs différentes alors que nous aurions préféré des variations d’odeurs pour nos truffes, ou de formes pour nos gueules.« ). Très vite, on s’identifie à Sirius plus qu’aux humains présents dans l’histoire, et c’est un changement de point de vue que j’ai trouvé extrêmement intéressant.

J’ai également été séduite par le style de Jean Gill, que j’ai supposé fort bien rendu par Laure Valentin : non seulement on est Sirius, mais on voit ce qu’il voit et on ressent ce qu’il ressent avec une netteté remarquable. Les phrases sont ciselées, les descriptions très visuelles, le ton tour à tour drôle et sérieux selon ce que la trame exige : j’ai dévoré le livre (196 pages numériques pour ma version) en une matinée (après avoir regardé La Belle et le Clochard, je peux vous dire que j’étais dans le thème à fond) et ai passé un excellent moment de lecture. Les personnages secondaires sont attachants, notamment Snow, la soeur de Sirius, et j’ai apprécié beaucoup de détails apportés par l’auteure (notamment les « chants » des chiens du refuge pour chiens abandonnés la nuit, qui sous couvert d’aboiements se racontent les mésaventures qui les ont conduits là : « En tant que chef de l’enclos des nouveaux venus, c’était Jack qui organisait les histoires du crépuscule. C’était à nos codétenus de commencer. Nous entendions sans cesse les mêmes histoires, mais personne ne semblait s’en soucier. Cela ne faisait que donner du poids aux échos qui résonnaient. » – et quels échos ! quels moments forts que les contes des chiens à la tombée de la nuit… rien que pour ces moments, le livre vaut le coup !).

Tout au long de Toujours à tes côtés, Sirius vit des péripéties qui le conduisent dans des situations très différentes et pas forcément avantageuses – d’abord choyé, puis oublié, notamment dans un refuge – et son histoire permet à l’auteure de faire passer un message important sur la condition animale. En se mettant dans la peau d’un chien, on ne peut qu’être touché par les histoires, souvent tragiques, des personnages (malheureusement inspirées de la réalité, comme l’explique l’auteure) : comment alors ne pas être sensible (et discrètement sensibilisé si ce n’était pas déjà le cas) à l’abandon, aux mauvais traitements infligés aux animaux, au manque de moyens dans les refuges ? Ce livre a été pour moi une très belle lecture : un sous-texte frappant (et touchant), servi par une plume agréable et fine. Je recommande, que vous aimiez ou non les chiens (moi-même je suis plutôt #teamchat pour tout vous dire), pour la qualité de l’écriture et la passion que l’on sent entre les lignes.

> GILL, Jean – Toujours à tes côtés – traduit de l’anglais par Laure Valentin – auto-édité et disponible ici. Retrouvez l’auteure ici.

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