[critique] spores!, d’olivier saraja

Bonjour à tous :)

Nouveau mois, nouveau partenariat ! En ce début d’avril, j’ai en effet eu le plaisir d’échanger avec Olivier Saraja, aujourd’hui publié chez Walrus, au sujet de ses oeuvres. Et plus particulièrement, nous avons pu évoquer sa première parution, auto-éditée : Spores!. Avec beaucoup de gentillesse, il m’a proposé de découvrir en partenariat cette nouvelle d’anticipation plutôt courte (il l’estime lui-même à un temps de lecture entre 35 et 40 minutes) et mon enthousiasme pour la SF a fait le reste. Bonne intuition, puisque ce livre a été une bonne découverte et une lecture prenante malgré sa brièveté.


Tout d’abord, le résumé : [La civilisation s’est effondrée. Pieter et sa fille Enora tentent de survivre dans un monde envahi par une espèce de mousse très invasive, dont les spores représentent un danger mortel. L’irruption d’une femme dans leur vie bouleversera leur quotidien. Vers quel avenir les entraînera-t-elle ?]

Un énième récit de post-apocalyptique, me direz-vous ? Eh bien, pas tout à fait. En effet, Olivier Saraja parvient à donner une vraie singularité à son texte en développant un univers à la fois original et abordable. La catastrophe à l’origine de ce monde bouleversé est « simple » : une invasion de spores végétales, qui causent la mort par étouffement de quasiment tout être vivant les inhalant. Simple, mais efficace ! Le style de l’auteur rend les éléments scientifiques évoqués dans la nouvelle très crédibles, grâce à un travail méticuleux sur le fond de l’histoire. Les formulations rigoureuses et la précision des explications permettent en effet de donner une vraie profondeur à l’idée de base, qui apparaît comme une problématique réaliste et très documentée.

J’ai, de manière plus générale, beaucoup apprécié la plume d’Olivier Saraja : le texte dégage une véritable atmosphère, et engage le lecteur grâce à des descriptions très visuelles et particulièrement ciselées. Ce regard attentif porté sur ce qui pourrait paraître anodin fait d’un environnement en ruines un paysage dont la beauté réside dans ses détails (ce passage par exemple : « Des arbrisseaux poussaient entre les dalles brisées des trottoirs, ou plus insolite, entre les grosses pierres de certaines façades historiques de la ville. Leurs racines s’étendaient, rendant le sol sournoisement inégal, tandis que des plantes grimpantes envahissaient les feux tricolores et les lampadaires rouillés des boulevards.« , ou celui-ci « Ils traversèrent un carrefour, dont les routes s’étaient affaissées à la suite de très fortes averses, mettant à jour une rivière improvisée. Celle-ci avait creusé son lit à partir des systèmes de canalisation révélés par le sol éventré. L’eau qui ruisselait musicalement, empruntant les mêmes directions artificielles que les boulevards, conférait presque à l’endroit un caractère bucolique.« ).

En contrepoint de cette écriture délicate, l’histoire se révèle assez sombre. Les survivants sont peu nombreux ; on ne croisera pendant tout le récit que ceux mentionnés dans le résumé. La femme, Ana, est en fait une scientifique cherchant à contrer l’invasion végétale. Après un chapitre orienté sur Pieter, c’est de son point de vue que l’on aborde la suite des événements, et cette alternance permet de changer complètement de perspective. J’ai trouvé particulièrement efficace l’évolution de perception qui s’installe au fil du texte vis à vis des protagonistes. En tant que lecteur, on peut suivre de l’extérieur ces deux personnages qui se méfient l’un de l’autre, ne savent pas si ils peuvent encore se permettre de faire confiance ; au fur et à mesure, on se pose de même de plus en plus de questions, on ne sait plus à qui s’identifier, qui est « le gentil »… La plongée dans la psychologie des personnages à la fin de la nouvelle est très intense, et j’avoue m’être laissée complètement contaminer par leurs émotions : doute, angoisse, détermination… dans une ambiance qui s’alourdit progressivement pour devenir plutôt oppressante au final.

Mon principal regret concernant cette lecture est sa longueur (ou plus précisément sa brièveté). Bien sûr, je n’ai à redire sur le fait qu’une nouvelle doit être courte – d’ailleurs, le rythme et le découpage sont ici adaptés au format, et très bien maîtrisés. Et pourtant… j’ai mis un moment à mettre le doigt sur ce qui m’avait (un peu) gênée dans ce texte, pour finalement m’apercevoir que c’était tout bêtement un peu trop court pour moi. Si l’ensemble est au final équilibré et bien amené, j’ai regretté de ne pas avoir un peu plus de temps pour voir se tisser la relation entre les personnages (qui du coup m’est apparue comme un peu précipitée – d’accord, dans un contexte de fin du monde, ça va vite, mais quel dommage de n’avoir pas eu quelques paragraphes supplémentaires pour mieux appréhender la rencontre entre Pieter et Ana, et lui rajouter un peu plus de densité !).

Et au final ? Eh bien, j’ai fort apprécié. L’auteur, par sa plume tour à tour nerveuse et plus posée, et par un développement narratif abouti, remet sans cesse en question nos habitudes de lecture (un point agréable dans un genre qui se laisse facilement porter par des schémas plutôt classiques). Je me suis laissée embarquer dans cette histoire immersive – et troublante -, et je n’ai pas été déçue de ma découverte. Malgré (à cause de ?) sa concision, Spores! m’a donné envie d’en lire davantage, et de découvrir plus avant le travail d’Olivier Saraja (Zombie Kebab notamment, dans un tout autre style et dont le résumé est assez intrigant). Je le remercie donc encore pour ce partenariat aux allures d' »avant-goût », et me plongerai avec plaisir dans de prochains écrits !

> SARAJA, Olivier – Spores! – auto-édité et disponible ici. Et aussi, le site de l’auteur ici.

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