[critique] la rumeur – tome 1, de solenne hernandez

Bonjour à tous !

Je suis super contente de vous retrouver aujourd’hui pour vous présenter un nouvel ouvrage que j’espère vous donner envie de découvrir d’ici la fin de cet article. En effet, le premier tome de La RumeurLa Fuite – de Solenne Hernandez, a été pour moi un très gros coup de coeur… et il est issu de l’édition à compte d’auteur ! Comme quoi, quand je vous dis qu’on y trouve des perles. J’ai immédiatement été séduite par la couverture de cette dystopie, et après avoir découvert le résumé je n’ai plus eu qu’une envie : le lire. Je remercie donc beaucoup (encore) Solenne d’avoir accepté ce partenariat, et de m’avoir permis de me plonger dans son univers.


la_rumeur_la_fuite_solenne_hernandezLe résumé, tout d’abord. [La crise a sévi bien plus que de raison au fil des années, au point de laisser le monde et ses habitants aussi pauvres matériellement qu’humainement. Les cœurs sont aussi vides que les maisons, mais heureusement une nouvelle forme de gouvernement s’est érigée en sauveuse de l’humanité : le Secteur. Là où personne ne trouvait de solution pour mettre un terme à cette crise dévastatrice, le Secteur a trouvé un remède. Mais à quel prix ? Dans ce monde où plus rien ne compte, où plus rien ne va, où le bonheur a presque disparu, les rêves sont, dit-on, devenus une denrée rare, et donc, incroyablement précieuse. Toute personne encore capable de rêver porte en elle un bien d’une valeur inestimable, si inestimable que le Secteur décide de se l’approprier…]

Concrètement, que se passe-t-il dans le livre ? Eh bien, l’auteure nous introduit à la Rumeur – qui porte bien son nom : le Secteur, prétendument pour résoudre la crise qui a ravagé le monde, capturerait des enfants et pratiquerait des expériences sur eux. Le but soupçonné de cet inquiétant gouvernement ? Voler à ces jeunes arrachés à leurs familles la seule chose qu’il leur reste : leurs rêves. Au fil du récit, on suit successivement puis simultanément plusieurs protagonistes qui tentent d’échapper à ce sort : Brewen et Oswald, rescapés d’un terrible raid qui a détruit leur village dans leur enfance, Louison et son frère Simon, évadés du Secteur… Tous les personnages sont incroyablement justes et attachants, jusque dans leurs défauts et leurs égarements… tant et si bien que je ne saurais même pas dire lequel est mon préféré – je les aime tous (bon, peut-être surtout Oswald ? Ou Louison ? Ou Gabe ? Rhaa, impossible, vous dis-je) ! Malgré une vie cruelle, teintée de désespoir, ils réussissent à garder un esprit combatif et à se battre pour tenter de faire éclater une vérité pourtant dure. Évoluant dans un monde sans pitié, ces survivants en sursis font preuve d’une force de caractère et d’un dévouement exemplaires… et ce sans pour autant tomber dans le niais (point bonus : accordé !).

L’univers maintenant. J’ai tout bonnement adoré le monde créé par l’auteure : il est sombre, original dans ses développements et surtout terriblement mystérieux. Les personnages, constamment en fuite, n’ont pas un instant de répit, et cherchent à échapper à un danger d’autant plus angoissant qu’il est flou. En effet, ce que cherchent les protagonistes, ce sont surtout des réponses à leurs questions. Même pour les évadés du Secteur, rien n’est moins clair que ce à quoi ils ont échappé (« – On vit dans un monde de dingues, avait-elle dit. Rien ne me paraît plus impossible, tu sais. On tue des enfants de sept ans juste parce qu’on est en colère, ici. ». Gabe n’avait rien répondu. (…) Si seulement ils avaient su, si seulement ils avaient compris pourquoi ils étaient ici, pourquoi eux, ils auraient eu quelque chose contre quoi se battre, contre quoi se dresser. Ils auraient pu faire front. Malheureusement, là, ils étaient chacun seul face à un sort commun : une mort injuste.« ). Tout le roman est magistralement mené, distillant les informations avec une maîtrise remarquable sans pour autant dévoiler la totalité de l’intrigue. Que se passe-t-il dans les laboratoires gouvernementaux et dans quel but ? Que cache le Secteur à ses administrés ? Qu’advient-il des enfants capturés et jamais revus ? Cette institution énigmatique prend une forme presque irréelle, dématérialisée. Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce gouvernement qui utilise des enfants à des fins si inavouables qu’il tue tous ceux qui cherchent à en savoir plus, sous prétexte du bien commun (présentée comme salvatrice au début du roman, cette entité devient de plus en plus dérangeante au fur et à mesure de l’histoire : « Finalement, dans la détresse générale, le Secteur s’était élevé en figure de sauveur. Le Secteur était grand, le Secteur était fort, plein de promesses, plein de solutions. Le Secteur était avant tout ce qu’il y avait de plus rassurant. Mais le Secteur ne pouvait être partout. (…) De façon totalement arbitraire, on définit un périmètre bien précis réservé au Secteur et à ses occupants, et on répartit le reste de la population sur des terres aux alentours, dans des villages, dans des hameaux, tous plus ou moins viables. (…) Souvent, Brewen tentait de s’imaginer à quoi pouvaient bien ressembler tous ces gens du Secteur. Étrangement, il les voyait toujours immenses, barbus et moustachus, tenant au bout de leurs doigts de longs fils attachés au sommet des crânes de toute la population. (…) Oui, pour lui, les gens du Secteur auraient, dans les temps anciens, été de parfaits marionnettistes.« ) ? Les Silhouettes, sbires du Secteur en charge des jeunes « cobayes », sont à la fois cauchemardesques et atrocement réalistes. A la frontière entre soldats obéissants et êtres sadiques foncièrement mauvais, ils concrétisent la menace.

Je suis tombée amoureuse de l’écriture de Solenne Hernandez, et de son talent de conteuse. Sa plume est fluide, rythmée, précise, et le récit est construit de manière irréprochable. De bout en bout, l’auteure nous donne à voir uniquement ce qui est destiné à être vu à ce moment de l’histoire, superposant les narrations, assemblant les expériences de ses personnages pour nous permettre à nous, lecteurs, de recomposer un tableau révoltant et douloureux. Les émotions des protagonistes et leurs réactions sont retransmises avec une justesse bouleversante et une simplicité désarmante (« La détresse. C’était de la détresse qui émanait d’Oswald à cet instant. (…) Il sentait leurs regards fixés sur sa nuque tandis qu’il se meurtrissait les poings sur l’écorce insensible. (…) Il ne sentait plus ses mains, ni ses doigts. A vrai dire, il ne sentait absolument plus rien. On aurait dit qu’un incendie venait à nouveau de tout ravager, mais en lui, cette fois-ci. A l’intérieur. Il ne restait que des décombres. Des ruines. Rien qui, lui semblait-il, puisse être récupéré.« ). Identification maximale, pour une immersion totale.

Cela se sent mais je le redis : j’ai eu un énorme coup de coeur sur ce livre. Les thèmes sont assez classiques (une dystopie adolescente, avec un gouvernement dévoyé et une révolte qui gronde – et même un ou deux aspects qui rappellent beaucoup Hunger Games ou L’Épreuve), mais j’ai trouvé le traitement malgré tout atypique. La noirceur de cet univers, l’équilibre parfait entre action et souvenirs et entre questionnements soulevés et réponses apportées (on n’a pas toutes les réponses à la fin de ce tome, bien sûr, on a juste assez), ainsi que le suspense qui maintient la tension tout au long du récit m’ont captivée. J’ai aussi adoré le style de l’auteure, la profondeur des personnages, la complexité des enjeux… un tout qui donne selon moi un fort potentiel à cette histoire. J’ai l’impression que quoi je puisse dire, je ne pourrai pas vraiment rendre justice à tout ce que j’ai aimé dans La Fuite – la seule chose que je puisse ajouter, c’est « lisez-le ! ».

> HERNANDEZ, Solenne – La Rumeur, tome 1 : La Fuite – auto-édité et disponible ici. Retrouvez l’auteure ici.

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