[critique] #rln2017 ou la rentrée littéraire à la ramasse

Salut le monde !

Oui oui, je viens vous parler de la rentrée littéraire alors que nous sommes maintenant en novembre. Non non, ce n’est pas du tout très tard pour le faire, et ce surtout parce que je viens vous en parler dans le cadre d’un projet fort chouette : la rentrée littéraire du net (#RLN2017), une initiative lancée par Pikobooks pour mettre en valeur les sorties de la rentrée littéraire qui ne sont pas mises à la une des médias traditionnels, en leur offrant une vitrine sur la blogo/booktubosphère.

Pour moi, la rentrée littéraire a toujours été un concept assez abstrait, voire carrément éloigné de ma pratique de la lecture. En effet, je suis une adepte de la bibliothèque plutôt que de la librairie, et j’achète excessivement peu de livres ; forcément, les dernière sorties de septembre me passent un peu au-dessus de la tête chaque année (au bénéfice de livres moins récents mais tout aussi passionnants) et je ne suis jamais vraiment les recommandations des médias tradi ou des prix littéraires. Pour aggraver le truc, il faut aussi noter que les trois quarts de mes lectures sont des lectures jeunesse, qui sont peu mises en avant pour la rentrée (et pour les prix, mais ça c’était avant, parce que maintenant il y a le prix Vendredi !). Bref, je n’étais pas forcément partie pour me lancer dans la rentrée littéraire à corps perdu. Et pourtant ! en voyant la vidéo de Piko, j’ai été hypée au plus haut point et je me suis penchée sur les sorties d’août à mi-octobre avec une passion presque inquiétante (vraiment, j’ai examiné les catalogues en ligne de toutes les maisons d’édition que j’ai pu trouver – et j’ai cherché à en oublier le moins possible, donc ça faisait beaucoup). Cette recherche intensive a donné une liste follement tentante de lectures…

…mais il se trouve que j’ai eu moult autres choses à lire sur la période de la rentrée, et j’ai dû reléguer mes velléités d’emprunts de nouveautés à plus tard. Et plus tard s’est petit à petit transformé en jamais pour la plupart des livres. Oui c’est la tristesse. Je vous propose néanmoins un retour – incomplet du coup – sous la forme d’avis sur les quelques livres que j’ai pu découvrir, et j’espère que vous aurez vous aussi envie de vous plonger dans les parutions de la rentrée !

¤ Le songe du photographe de Patricia Reznikov (Albin Michel) ¤

[En 1977, Joseph a quinze ans et tente de fuir une famille où règnent le silence et l’incompréhension. Accueilli dans la maison de l’Impasse des artistes à Paris, il trouve sa place dans une tribu d’originaux, tous exilés au passé douloureux : Sergueï, le vieux Russe blanc, Magda, la Viennoise rescapée de la guerre, Angel, le peintre cubain, et la mystérieuse Dorika, sur lesquels veille Sándor, un Hongrois caractériel et généreux, obsédé de photographie. Au récit de leurs histoires terribles et merveilleuses, Joseph panse ses blessures et fait l’apprentissage de l’amour.]

Oh mais quelle belle lecture que ce Songe du photographe ! J’ai choisi de commencer ma rentrée littéraire par lui, un peu au pif, et j’ai été émerveillée par la délicatesse et la poésie de ce roman d’apprentissage cosmopolite. Chacun des personnages m’a captivée autant que m’a convaincue la façon dont ils interagissent ; j’ai été très touchée par les passés que l’on découvre en filigrane, marqués chacun à sa façon par l’histoire européenne du XXème siècle. Bonus : grâce aux références distillées au fil des paroles de Sándor, j’ai découvert tout en douceur de grands noms de la photographie hongroise, et c’était extrêmement enrichissant. Une lecture profonde et envoûtante sur le passage à l’âge adulte, l’amitié et l’art, porté par une atmosphère subtile et hors du temps.

Underground Railroad de Colson Whitehead¤ Underground Railroad de Colson Whitehead (Albin Michel) ¤

[Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.]

Et là, c’est la (grosse) déception. J’attendais beaucoup de cette lecture, étant donné le plébiscite général qui semblait l’entourer (et encore maintenant je ne vois que des critiques positives – et puis le prix Pulitzer quand même, si ça ça claque pas)… Et pourtant, quelle lecture loupée de mon côté ! Si j’ai trouvé les personnages extrêmement intéressants et bien construits (nuancés comme Ridgeway, torturés comme Cora…), je suis passée complètement à côté de l’histoire : j’ai eu l’impression de lire une visite guidée des États-Unis esclavagistes de la fin XIXème, ordonnée sagement par étapes grâce aux déplacements artificiels opportuns de l’héroïne de lieu en lieu. Peut-être était-ce l’effet recherché (pour montrer l’impuissance de Cora trimbalée aux quatre coins des États-Unis par exemple), mais ça n’a su que me détacher tant du récit que des émotions qu’il était censé susciter. Malgré l’intérêt historique de ce roman (qui ressemblait presque à une enquête journalistique à certains moments et se révèle donc très réaliste), je n’ai pas été touchée autant que je l’aurais pu, je ne me suis que très peu attachée à Cora et je n’ai en plus pas forcément accroché au style tantôt hyper froid tantôt un peu lyrique de l’auteur. Un bon gros fail, quoi.

¤ Ma reine de Jean-Baptiste Andréa (L’Iconoclaste) ¤

[Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.]

Je n’aurai pas grand chose à développer sur cette lecture, à laquelle je décerne un « meh » et dont je suis sortie un peu perplexe. J’ai été captivée par le ton décalé, par la justesse de l’esprit enfantin, par la langue toute simple mais pourtant bien jolie ; dans le même temps j’ai été un peu perdue par la fin, à ne pas trop comprendre où voulait en venir l’auteur. Un roman entre rêve et réalité, très doux et en même temps aux prises avec une vie difficile, comme une parenthèse, mais qui m’a lâchée un peu avant les dernières pages (la chute était rude, haha, private joke pour ceux qui l’ont lu).

¤ Sirius de Stéphane Servant (Le Rouergue) ¤

[Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever son petit frère, Kid. Réfugiés au coeur d’une forêt, ils se tiennent à l’écart des villes et de la folie des hommes… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Pourchassés, il leur faut maintenant survivre dans cet univers livre au chaos et à la sauvagerie. Mais sur leur chemin, une rencontre va tout bouleverser : Sirius. Avec ce road trip post-apocalyptique, Stéphane Servant signe un grand roman d’aventure, brut et haletant.]

Ici encore, un avis un peu à contre-courant – et je vous avoue que j’en suis bien dépitée. Le résumé  de Sirius avait TOUT pour me plaire, la couverture m’a happée dès que je l’ai vue et en plus plein de monde me l’a recommandé (y compris l’amie qui me l’a prêté). Et pourtant, dès les premières pages, j’ai commencé à penser que ça n’allait pas le faire. Attention ! je n’ai pas tout rejeté en bloc, tout de même. Le propos du livre, entre antispécisme, écologisme et invitation à repenser notre rapport aux autres, est important, beau et sensible. J’ai aussi trouvé très intéressant le personnage d’Avril : une jeune fille complexe, embourbée dans ses contradictions et ses préjugés mais qui se battrait à mains nues contre le monde entier pour protéger ce qui compte pour elle, j’en voudrais plus des personnages comme ça. Mais à part ça… je n’ai pas accroché à la forme, du tout. J’ai eu l’impression d’une histoire bancale par moments, je ne voyais pas trop où tout ça nous menait ; et surtout je n’accroche définitivement pas à la plume de Stéphane Servant que j’avais déjà découverte dans Guadalquivir. Les dialogues ont sonné faux à mes oreilles, je ne me suis pas attachée à Kid, j’ai peiné sur des formulations certes jolies mais qui me semblaient poussives par moments (mention spéciale cependant pour le style des passages dans la tête de Kid)… Bref, une belle idée qui n’a pas su me parler, mais qui mérite votre attention pour son fond. Et d’ailleurs, je vous invite à aller lire la chronique de Piko qui en parle avec des étoiles dans les mots et développe davantage les points forts de ce roman, pour ne pas rester sur mon impression négative !

> Je vais en rester là pour ces premières lectures de rentrée littéraire, même s’il est possible qu’un article vienne compléter celui-ci une fois que j’aurai pu mettre la main sur plus de livres de ma liste (j’attends qu’ils arrivent en bibliothèque, ça fera un article très très à la bourre mais après tout pourquoi pas). Petit disclaimer : vous avez peut-être eu l’impression en lisant ces avis que ma rentrée littéraire n’a pour l’instant été qu’une grande déception – détrompez-vous ! Si effectivement j’ai été un peu désappointée par certaines lectures, c’est surtout parce que j’en attendais beaucoup. Je ne regrette aucune d’elles, et encore moins de m’être penchée sur la rentrée littéraire ; jamais je n’ai été aussi impliquée dans l’actualité littéraire française, ce qui était très enrichissant, et j’ai découvert plein d’oeuvres qui me font envie. Alors, on a qu’à dire « à suivre », okay ? Et en attendant, dites-moi donc ce que vous avez lu pour cette rentrée, ce que vous avez aimé ou moins aimé, ce que vous avez pensé des quatre livres ci-dessus ? 

2 Comments

  1. Très sympa ce premier bilan ! :)
    En fait la rentrée littéraire ça ne s’arrête jamais n’est ce pas ? Personnellement je pioche des idées toute l’année et ça continue les années suivantes. Hihi.

    Jai beaucoup aimé ton avis sur Sirius, très posé. Effectivement c’est bien dommage car tu t’en doutes c’est un livre qui m’a retournée mais voilà on ne peut pas tou.te.s. apprécier au même niveau. Chacun ses goûts et quand c’est expliqué comme toi c’est nickel !!

    Merci encore et toujours pour ton enthousiasme et ta participation !

    • Merci de ton commentaire ! :)
      Oui, je me dis que tant qu’on n’est pas en août 2018 c’est encore bon pour parler des publi de la rentrée littéraire 2017 en faisant ce genre de focus haha Et après c’est juste un peu moins d’actualité !
      Je t’avoue que ça m’a vraiment attristée de ne pas accrocher à Sirius que le laissaient présager tous les autres avis, mais effectivement on ne peut pas tou-te-s être touché-e-s de la même manière. Et par contre je suis bluffée et très heureuse que ce livre existe, avec son si beau message ♡
      Et merci à toi pour cette initiative qui m’a permis de stalker des maisons d’édition pendant des heures \o/ Je remettrai ça avec plaisir l’année prochaine !

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