[critique] mort(s)

Bonjour à tou·te·s !

Je viens aujourd’hui vous présenter une anthologie du doux nom de MORT(S), éditée par Les Artistes Fous et rassemblant 18 nouvelles autour du thème éponyme. Une lecture en demi-teinte qui a eu le mérite de me rester en tête bien longtemps, et dont certains textes m’ont vraiment marquée (la preuve, je m’en souviens encore plusieurs mois après).

[R.I.P. Les Artistes Fous Associés ont la profonde douleur de vous annoncer la disparition définitive du bon goût littéraire et de la consensualité bien-pensante à l’occasion de la sortie de leur cinquième anthologie : MORT(S). Dans un pied de nez à la Faucheuse, 18 auteurs plus ou moins vivants vous livrent leur déraison funèbre et leurs récits mortels. Pour mettre un point final à l’absurdité de l’existence !]
Entre humour noir et réflexions philosophiques, il se dégage de ce recueil une ambiance toute particulière. Chacune des nouvelles, à sa manière, nous interroge par son genre et le traitement qu’elle fait du sujet (et on a du choix, entre fantastique, horreur, SF ou humour). Indépendamment des différents styles et histoires, j’ai particulièrement apprécié de retrouver des thématiques qui me tiennent à coeur ou qui questionnent notre actualité de façon pertinente : je pense par exemple à Mammam-IA de Tesha Garisaki, qui met en scène un personnage dont la mère décédée a été « enregistrée » dans le cloud et le hante par-delà la mort sous la forme d’une intelligence artificielle – un niveau d’anticipation abordé également dans l’excellente série Black Mirror (j’ai vu par hasard l’épisode correspondant peu après avoir lu la nouvelle) et qui est bien plus proche de nous que nous ne le pensons (ça existe en fait)… ou encore à Demain est un autre jour de Crazy qui parle d’immortalité, un thème qui m’interroge toujours autant après moult lectures (d’ailleurs je vous conseille vivement Théa pour l’éternité de Florence Hinckel, ce livre s’est étonnamment imprimé dans mon esprit de façon indélébile).
J’ai pris mon temps pour grignoter les nouvelles de ce recueil, et ce qui aurait pu me perdre dans ma lecture m’a au contraire aidé à garder un souvenir plus net de chaque texte – ceux qui m’ont le plus plu comme ceux qui m’ont moins parlé. Certains m’ont fait sourire comme Oh oui… de Bruno Pochesci, d’autres encore m’ont étonnée comme Le temps des moissons de Southeast Jones et son format original… mais en tout cas, peu m’ont laissée totalement indifférente. Parmi mes favoris, je retiendrai Le manoir aux urnes de NokomisM (logée dans un vieux manoir pour un congrès, une jeune femme voit sa vie et les souvenirs de l’ancienne occupante des lieux se télescoper) avec son ambiance envoûtante et intrigante aux façon Edgar Allan Poe, Ambre Solis de Gallinacé Ardent (une « voyante » utilise ses dons pour résoudre des enquêtes criminelles, jusqu’au jour où une de ses visions tourne au cauchemar) qui est à la fois gore, un peu WTF et très prenant ou encore Tri Nox Samoni de Jérôme Nédélec qui nous plonge avec maestria dans une préhistoire mystique et pleine de détails. Toutefois, ma préférence va à Les âmes de la foire de Vincent T., nouvelle inspirée du mystérieux film Carnival of Souls et de la vie de son réalisateur : son écriture soignée sert parfaitement une intrigue basculant rapidement dans le fantastique et m’a totalement transportée (maintenant, je voudrais bien voir le film, ma curiosité est titillée).
Mais alors, si tout cela m’a plu, pourquoi annonçais-je en début d’article une lecture en demi-teinte ? Tout simplement parce qu’a contrario, certaines nouvelles m’ont profondément dérangée (et c’était très certainement voulu, ah ces auteurs quels taquins) : je ne recommanderais par exemple pas aux âmes sensibles Le fils du tyran de Stéphane Croenne, Die Nachzehrermethode de Quentin Foureau ou surtout, SURTOUT, La dette du psychopompe de Guillaume G. Lemaître qui conclut le recueil sur une note de malaise bien prégnante. Tellement prégnante que je n’ai pu en détacher mon impression finale. C’est donc un recueil éclectique mais d’autant plus intéressant que nous proposent les Artistes Fous Associés : si vous n’avez pas peur de pénétrer cet univers mi-glauque, mi-barré, n’hésitez pas ! (en plus, la version numérique est gratuite : ce serait dommage de se priver)
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> Les Artistes Fous Associés (BOILE, Olivier / Crazy / CROENNE, Stéphane / Diane / FOUREAU, Quentin / Gallinacé Ardent / GARISAKI, Tessa / JONES, Southeast / LAUNE, Ria / LEMAÎTRE, Guillaume G. / LOPEZ, Martin / Mort Niak / NÉDÉLEC, Jérôme / NokomisM / POCHESCI, Bruno / PORTEBOIS, Xavier / QUERBALEC, Émilie / Vincent T.) – MORT(S) – Les Artistes Fous Associés, disponible ici.

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