[critique] lilith – tome 1, d’alex tremm

Bonjour à tous !

Je reviens à l’édition indé aujourd’hui, afin de vous parler du premier tome de la saga fantastique Lilith, écrite par Alex TREMM. Cet opus, L’Héritière de Morgana, m’a été proposé en partenariat numérique par son auteur, et c’est avec plaisir que j’ai accepté de le découvrir. Je tiens à préciser que le texte que j’ai lu en intégralité a été partiellement remanié par l’auteur après que je l’aie eu terminé, et que la version désormais disponible sur Amazon n’est plus exactement la même que celle que j’ai parcourue (elle est notamment plus courte). Ayant eu accès à la mise à jour, je la prends en compte dans cette critique – mais je ne peux bien sûr me défaire de mon expérience de lecture précédente (j’espère que cette dernière phrase est cohérente !).


lilith_l_heritiere_de_morgana_alex_tremm[Une jeune femme rebelle voit sa vie chamboulée par un héritage surprise grâce auquel elle apprend que sa mère lui avait caché sa véritable identité : elle s’appelle en réalité Lilith Morgan, descendante directe de l’enchanteresse Morgana dont elle reçoit tous les pouvoirs. Cette révélation lui ouvre la porte d’un nouveau monde, un monde d’énigmes où tout est étrange, magique et ponctué de fêtes frôlant l’indécence. Mais tous ne l’attendent pas qu’avec de bonnes intentions… Car la récréation est de courte durée pour Lilith, même si elle est certaine d’avoir enfin déniché l’élu de son cœur. La cruelle réalité du monde magique rattrape très tôt la jeune femme qui comprend rapidement qu’elle doit devenir plus mature si elle désire conserver un peu de contrôle sur sa nouvelle existence, sinon pour simplement demeurer en vie. Encadrée par de nombreux alliés et son mentor Merlin, arrivé tout droit du sixième siècle suite à une erreur, elle ne tarde pas à découvrir que son monde idyllique est en réalité empreint d’innombrables dangers plus sournois les uns que les autres.]

Soyons clairs dès le début : j’ai eu une lecture un peu mitigée avec L’Héritière de Morgana, et la majeure partie de mes difficultés avec le livre est venue de ses personnages. J’ai en fait eu beaucoup de mal à m’attacher aux différents protagonistes et à les trouver crédibles – en cause ? Un manque de cohérence dans les comportements. En effet, un des points majeurs de l’histoire, qui structure fortement le caractère et les actions de Lilith, est sa relation avec sa mère. Toutes deux d’un tempérament volcanique, elles ne s’entendent clairement pas. Et pourtant… leurs échanges passent fréquemment au cours du roman de proches, voire tendres, à haineux. Leur relation définie comme houleuse est un peu exagérée et sa crédibilité en prend un coup, de même que leurs actes respectifs. Heureusement, les passages les plus révélateurs de cette versatilité des personnages ainsi que la plus grande partie des incohérences que j’avais repérées ont été supprimées de la version actuelle (vous échappez par exemple à un quasi-viol assez bizarrement exploité qui grillait complètement la cohérence de la relation entre Lilith et sa meilleure amie Geneviève – devenu une agression non sexuelle plus logique au vu de la trame).

Autre point négatif, le roman est long. Oui, je sais, ceci n’est pas un point négatif. Seulement, il n’est pas long car extrêmement dense, mais plutôt parce que certaines scènes n’avancent pas vraiment l’histoire, et apparaissent comme plutôt incongrues dans l’intrigue. Ainsi, je me permets de vous mentionner l’agression de Geneviève sans craindre le spoil car cet événement ne sera plus vraiment évoqué dans la suite du récit ! (la jeune fille n’est pas traumatisée, et règle le tout le lendemain sans jamais plus en reparler par la suite…). De même pour certains développements scénaristiques déconcertants: une orgie sexuelle sortie de nulle part causant des rapprochements incongrus entre certains personnages pour l’instant laissés un peu de côté, des petits-déjeuners en famille qui s’éternisent… Ces scènes du quotidien témoignent d’une division plus ou moins franche dans le roman : la première partie (jusqu’à un peu moins de la moitié) ainsi que divers passages dans le reste du livre sont en fait consacrés à la découverte par Lilith de son héritage (matériel, donc sa nouvelle habitation et ses apports financiers : elle a notamment une salle de ciné privée et ce dispositif beaucoup trop pratique haha : « Lilith se relance et présente sa liste au mur. – J’aurais besoin de trente mille pour tout ceci. Aussitôt, un tiroir dissimulé à la perfection dans la cloison s’ouvre. Il est rempli de billets de cent dollars. Lilith remercie la maison et embrasse le mur. » oui oui, le mur). Dans cette « partie », on découvre une Lilith « normale » (comprendre, on ne parle pas beaucoup de ses pouvoirs) extrêmement fêtarde, inconséquente, et le tout fait penser à une histoire d’adolescente avide de conquêtes et d’alcool.

Et tout d’un coup… on passe dans une « deuxième partie » plus centrée sur les pouvoirs de la jeune sorcière et son apprentissage (très facile, ne nous mentons pas, mis à part son côté borderline, Lilith est un peu l’héroïne « parfaite », dans le sens où elle réussit tout ce qu’elle entreprend et où elle dispose d’une multitude de gadgets bien utiles), sur l’histoire de sa famille, sur les dangers qui menacent… Cette deuxième moitié de l’histoire déroule une intrigue qui s’étoffe, et propose un ton bien plus sérieux et « fantastique » – bien que toujours fortement romantisé (ça n’existe pas, mais en gros la romance est très présente, des couples se forment de tous côtés – par exemple Lilith fait de son coup d’un soir son copain, sans connaître ni son prénom ni son métier…). L’auteur a su introduire dans son ouvrage les personnages mythiques de la légende arthurienne (dont Merlin et Arthur), proposant un traitement novateur mêlant voyage dans le temps et magie druidique de façon originale et fun. C’est donc aussi en partie une transposition de cette légende dans le Québec contemporain, et c’est réjouissant de retrouver ces êtres ramenés du passé dans un contexte moderne. J’ai apprécié de petits détails, comme le fait que la nouvelle maison de l’héroïne soit « vivante », la badasserie des pouvoirs (c’est la classe quand même : « Le foyer semble exploser à cet instant. Entourée d’une immense flamme, l’héritière est projetée jusque près des tablettes vides derrière elle. À genoux, elle hurle à pleins poumons sa détresse retrouvée, mais réalise rapidement que cette flamme ne la brûle point en avançant sa main dans les flammes léchant presque son corps. Au contraire, elle la berce de sa chaleur. La jeune femme se tait alors, goûtant plutôt à cette forme de caresse divine. Elle ose même ouvrir les yeux pour se délecter du spectacle des flammes qui ondulent, dansent partout autour d’elle, avec elle… Pour elle.« ), le nouveau compagnon magique de Lilith, ou encore les voitures hantées dont la jeune fille a hérité et qui m’ont vraiment fait rire. Les fantômes qui vivent avec elle (Helmut ou Tara par exemple, et surtout Gwendolyn) m’ont bien plu (encore ma passion pour les personnages secondaires !), et j’ai trouvé le mélange de policier et de fantastique intéressant – la romance n’est toujours pas mon truc, cependant, et c’était vraiment too much pour moi.

Au final, j’ai bien aimé l’histoire – que j’ai trouvé sympathique malgré une héroïne inconstante (et avouons-le, trop amatrice de fêtes aux centaines d’invités pour que je m’identifie vraiment à elle – ceci est plus que subjectif, je le reconnais volontiers) et des relations entre les personnages qui posent question : le développement de la deuxième partie, plus axée sur la magie et sur les enjeux du clan de Lilith, est vraiment intrigant (j’ai particulièrement apprécié les quelques incursions dans le panthéon divin) et promet une suite réfléchie et riche. De plus, ce pavé dont j’appréhendais la lecture en numérique (quelques 500 pages en papier, alors sur mon téléphone je n’y croyais pas trop) est en fait passé vraiment bien : je l’ai lu quasiment d’une traite sur une journée. Une fois dans l’histoire (et une fois les expressions québécoises apprivoisées !), on ne peut que vouloir connaître la suite. L’écriture est très cinématographique : elle est visuelle et rythmée, et on peut se représenter les scènes parfois plan par plan. Dernier point et non des moindres, la fin m’a donné envie de découvrir les tomes suivants (en effet, pas moins de 14 tomes sont déjà disponibles !). Si vous aimez le fantastique à tendance romance (avec une touche de policier qui devrait s’épanouir dans les autres livres de la saga), je vous invite à découvrir le tome 1 de Lilith : vous passerez un moment de lecture sans doute divertissant et surprenant, si l’on fait abstraction d’une plume un peu bancale parfois.

> TREMM, Alex – Lilith, tome 1 : L’Héritière de Morgana éditions LouD. Retrouvez l’auteur ici.

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