[critique] et tes larmes retenir, de charlotte orcival

Bonjour à tou·te·s !
Si vous suivez le blog depuis un moment maintenant, le nom de Charlotte Orcival devrait commencer à vous dire quelque chose : après le gros coup de coeur sur Forever Young qui m’a fait découvrir sa plume, j’ai eu l’occasion récemment de critiquer également Vingt ans et quelques…, un recueil de nouvelles dérivé de ce premier roman. C’était il n’y a pas si longtemps, et pourtant ! Charlotte sort déjà demain un nouveau roman (encore une fois inspiré de Forever Young, mais on peut totalement le lire indépendamment), que je vais m’empresser de vous présenter ici : Et tes larmes retenir.
[Que feriez-vous si vous retrouviez l’amour de vos 16 ans ? Laisseriez-vous passer votre chance une seconde fois ? Julien, 32 ans, photographe, papa et divorcé, doit très vite répondre à ces questions lorsqu’un mois exactement après les attentats du 11 septembre, il retrouve dans un avion pour New York, Anna, l’amoureuse de son adolescence. Ébloui par la jeune femme qu’elle est devenue, Julien fait rapidement le choix de l’amour et se jette à cœur perdu dans une grande opération de séduction. Mais le monde dans lequel ils sont rentrés tous les deux de plein fouet est devenu incertain, fragile, difficile, à l’image de la relation qu’ils rebâtissent tous les deux… Alors voilà bien la vraie question à laquelle Julien et Anna vont devoir répondre : sont-ils prêts à donner tout ce qu’il faut pour vivre enfin leur histoire ?]
Dans ce nouveau roman, on retrouve donc Julien et Anna, plus d’une décennie après leurs premiers amours : pendant ces années d’absence, tous deux ont traversé des épreuves, pris des coups depuis leur adolescence. Et pourtant ils se retrouvent presque comme avant, et se donnent une seconde chance. Racontée par Julien (et c’est d’ailleurs fort intéressant d’avoir le point de vue d’un homme pour une fois), cette histoire est une histoire de reconstruction, de lâcher-prise, une histoire d’amour loin d’être facile et qui semble pourtant l’évidence même (après tout, ces personnages se retrouvent et quand on les a connus dans Forever Young, c’est un signe du destin de les revoir ensemble : « Je la regardais sourire, parler, boire, manger, et je me demandais aussi comment j’avais fait toutes ces quatorze années passées pour pas regretter cette époque où je la regardais sourire, parler, boire, manger. C’était une telle évidence, là, soudain, pour moi. Tout court. Alors j’ai plongé.« ). À côté de Julien, l’épaulant, on découvre le personnage de Marc : meilleur ami épatant et attachant, c’est le genre de pilier qu’on aimerait tous avoir dans notre vie, et il ouvre parfaitement une nouvelle dimension à l’histoire (par sa présence, il élargit l’univers du couple, apporte un peu de fraîcheur et de normalité – tout comme Ellie, l’ex de Julien, ou son fils Malo). En effet, Et tes larmes retenir, ce n’est pas seulement une love story (même si c’est surtout ça, et même si on a par moments un peu l’impression de regarder un film sentimental) ; c’est aussi un homme et une femme, deux adultes, un peu cassés par la vie, qui se posent des questions essentielles et s’efforcent de réparer leurs fêlures. C’est Julien qui veut être un bon père pour son fils, c’est Anna qui doit finir un deuil, c’est eux deux, fragiles, qui tentent de trouver leur équilibre.
Et pour autant, ce livre n’est pas une histoire à l’eau de rose un peu larmoyante. Charlotte Orcival a su trouver le juste milieu, et calibrer son roman entre ascenseur émotionnel et touches d’humour, de naturel, de quotidien. Les interactions entre Julien et Marc m’ont gonflé le coeur de joie et d’amour tant leur amitié est parfaite (« — Le 7 septembre, Choupie et moi, on se marie et j’ai besoin de ta sale tronche de beau gosse comme témoin. Marc a rempli mon cœur de joie en une seconde. J’étais content. Pour lui. Marc était amoureux de la femme de sa vie et il allait l’épouser. À une autre époque, j’aurais trouvé ça à gerber de ringardise. Mais c’était une autre époque justement. Et là, j’étais juste heureux pour lui et plein d’espérance pour moi. (…) Alors je lui ai offert les banalités qu’on dit dans ces cas-là. Sauf que je ne savais pas avant lui que ça n’en était pas, des banalités. C’est les trucs qu’on pense pour les gens qu’on aime. Les C’est formidable. Je suis heureux pour vous deux. Vous faites une super équipe. »), les taquineries et petits moments de bonheur d’Anna et Julien sonnent juste, et le texte est tout sauf niais : il est vrai. Ça tient à des détails parfois, mais ce sont ces détails qui font qu’on y croit : pour moi, notamment, les anglicismes employés par les deux personnages principaux qui ont vécu en pays anglophone, c’est la petite touche qui fait la différence (parce que pour le coup, c’est vraiment quelque chose qui se fait, par exemple un petit « je dois arrêter d’over réacter » de temps en temps c’est nickel). La plume de Charlotte Orcival est toujours aussi naturelle et fluide : sans effort, en quelques mots, elle nous transporte aux côtés de ses personnages, leur donne vie, les rend infiniment justes et humains. Aussi touchants que dans Forever Young, Julien et Anna sont crédibles dans la moindre de leurs réactions, et leurs émotions à fleur de peau sont rendues avec douceur et poésie par l’auteure : « J’avais le cœur en tachycardie et le ventre en vrac. What the fuck ? (…) Ce qui l’emportait ce matin-là aussi, c’était cette impression rare de vivre un jour qui ressemblait à un premier jour. Un jour qui effaçait tous les précédents, qui faisait perdre la mémoire. Qui ne guérissait pas les blessures, mais les faisait disparaître miraculeusement. Un jour avec autant d’innocence qu’un enfant. Un jour qui sonnait comme un recommencement. Et j’avais oublié que j’avais oublié que cela faisait cet effet-là.« . Les mots de Charlotte Orcival sonnent vrai et mettent sur papier ces petits moments de tous les jours, ces impressions fugaces qui font toute la profondeur d’une relation ; en lisant, on a l’impression d’être avec les personnages et de les connaître (quand Julien nous parle d’Anna, c’est juste beau : « Ses yeux ont souri. J’ai vu ses yeux sourire. Je vous jure que cela faisait une différence. Je savais, là, maintenant, que cette réponse la rendait heureuse. Je sentais que sur cet instant, nous étions sur la même longueur d’onde.« ).
Je dois avouer m’être sentie un peu moins proche de Et tes larmes retenir que des précédentes oeuvres de l’auteure – à la fois à cause de son genre (je pense être un peu hors du public-cible pour ce genre de romance, et en plus j’ai trouvé cette trame narrative plus classique, moins surprenante que les autres) et de ses personnages (avec des héros à la trentaine, j’ai plus de mal à m’identifier qu’avec des adolescents). Et pourtant, c’est si joliment écrit que c’est passé tout seul. Le seul point qui m’a un peu gênée au niveau du style, c’est le côté aléatoire des temps verbaux qui diminue la cohérence d’ensemble du texte. Cependant, je peux bien laisser ça à l’appréciation de l’auteure, et passer dessus pour me concentrer sur la qualité des dialogues, du vocabulaire, des personnagesEt tes larmes retenir est une belle histoire, bouleversante (parce que je ne veux pas spoiler, mais il leur arrive quand même pas mal de choses à Anna et Julien) et en même temps pleine de simplicité et de naturel. Comme pour toutes les oeuvres de Charlotte Orcival, je n’ai qu’une chose à dire : si le résumé vous tente, n’hésitez plus un instant !
> ORCIVAL, Charlotte – Et tes larmes retenir – auto-édité et disponible ici. Et aussi le blog de l’auteure ici.

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