[critique] élixir de nouvelles steampunk, de delphine schmitz

Bonjour à tous !

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture, réalisée en partenariat avec les éditions Séma (qui m’avaient déjà proposé de découvrir le recueil Il sera une fois de Southeast JONES). Cette fois-ci, j’ai pu faire connaissance avec la plume de Delphine Schmitz grâce à son recueil au titre évocateur, Élixir de nouvelles steampunk. Mon impression après la lecture ? Ces huit nouvelles steampunko-fantastiques (oui oui, je viens d’inventer ce mot composé et je l’assume) se complètent harmonieusement pour offrir une expérience de lecture fascinante, qui donne tout son intérêt au livre et vaut le coup d’oeil.

[Élixir vous ouvre les portes d’un passé futuriste qui n’a jamais existé. À moins que… Dans ce monde de vapeur et de rouages où science et magie se côtoient, vous rencontrerez des inventeurs plus loufoques les uns que les autres, parfois charmants, d’autres fois terrifiants. Vous découvrirez un appareil photographique qui n’en fait qu’à sa tête, un sous-marin en quête de créatures fabuleuses, un musée de cire où les statues prennent vie, le premier ordinateur de l’Histoire et bien d’autres choses encore.]

Si je parle d’harmonie, c’est parce que je n’ai pu apprécier pleinement toute la complexité et la qualité du recueil qu’une fois la dernière nouvelle achevée : si chacun des textes peut bien sûr se lire de façon indépendante, les nouvelles se répondent et se complètent grâce à des clins d’oeils, apportent chacune des éléments qui éclaircissent les histoires précédentes… Chaque nouvelle a un lien avec au moins une autre nouvelle de l’ensemble, que ce soit un personnage, un événement ou un objet. La construction du recueil est de plus parfaitement maîtrisée de bout en bout et, plus qu’une collection de textes, Élixir de nouvelles steampunk est une véritable invitation à entrer dans l’imaginaire de l’auteure. Un exemple ? La première nouvelle, Les inventeurs de Val-sur-Rouille, plante le décor en racontant la rivalité de deux inventeurs dans un petit village ; l’un d’eux, le professeur Pendule, utilise pour ses créations une matière mystérieuse nommée oxalte… que nous retrouverons à plusieurs endroits au fil du recueil. Cette nouvelle introductive, originale et riche, donne par ailleurs le ton pour la suite : importance accordée à la science (avec par exemple le personnage de Louise Bunsen, chimiste et ingénieur dans la nouvelle La rocambolesque odyssée de l’Ulysse), multiplication des machines et mécanismes du plus saugrenu au plus fonctionnel, ton décalé mais aussi parfois bien sombre et empreint d’un humour noir des plus efficaces…

Les 6 textes suivants, aux longueurs et thèmes variés, nous font croiser et recroiser des personnages tantôt extravagants, tantôt inquiétants, dont les aventures s’enchaînent avec fluidité. Entre toutes, je voudrais évoquer mes préférés, L’automate de Maître Sigismond et Seuls le diable et moi. La première nouvelle compte l’histoire du maître horloger Jules Sigismond, qui fabrique un automate pour lui tenir compagnie après la mort de son épouse… Automate qui se révèle nimbé de mystère, et semble en faire bien plus que ce qui était prévu lors de sa conception. En arrière-plan de ce texte, on retrouve le professeur Pendule et son étrange oxalte, mais aussi d’autres détails appartenant au reste du recueil. Pour l’anecdote, j’ai été assez déçue de la fin de cette nouvelle quand je l’ai terminée, car je ne comprenais pas les tenants et aboutissants de son dénouement. Ce sentiment, cependant, a été totalement dissipé à la fin du recueil, puisque les clés de compréhension nous sont données comme qui dirait « en temps voulu », a posteriori (donc pas de panique si vous aussi vous vous posez des questions – ce qui me rassurerait, je me suis vraiment trituré les méninges). La seconde nouvelle, Seuls le diable et moi, nous invite dans une ambiance plus mystique, mêlant le pirate Barbe noire, une envoûtante médium et un justicier masqué… ça y est, je vous ai intrigués ? Le mieux reste à venir, puisque non seulement l’histoire est fascinante, mais en plus les personnages pourtant plutôt nombreux sont tous bien développés. On peut à l’aune de ces protagonistes mesurer l’immensité des possibles liés à l’univers de l’auteure : chacun des personnages de Seuls le diable et moi (ou de certains des autres textes) pourrait faire l’objet d’une nouvelle à lui tout seul, voire d’un roman. On a en effet l’impression en lisant ce recueil de n’avoir qu’un bref aperçu d’un monde complexe et foisonnant, qui laisserait encore bien plus à découvrir. On a envie d’en savoir plus sur l’appareil photographique magique de la nouvelle Camera Obscura, sur les sirènes qui obsèdent le capitaine de Hauban dans La rocambolesque odyssée de l’Ulysse, sur le menaçant manipulateur de cadavres de Taxidermie, sur la machine à communiquer dans le temps de Télétempus

Cette impression est d’ailleurs confirmée par la dernière nouvelle, Le Conseil des Perpétuels, qui nous emmène bien loin de tout ce que l’on aurait pu attendre et répond aux questions restées en suspens… tout en laissant comme chacune des nouvelles précédentes moult possibilités de suite et d’interprétation. Fins ouvertes, personnages ambigus et clins d’oeil aux lecteurs (références intertextuelles au sein du recueil, apparition de personnages historiques ou oeuvres d’art célèbres, interpellations parfois directes du lecteur par le narrateur… ainsi dans Les inventeurs de Val-sur-Rouille : « Était-ce de l’effroi ? Du dégoût ? De l’intérêt ? Difficile à dire. Imaginez-vous face à un être si improbable que vous ne sauriez s’il convient de le qualifier d’humain. Que ressentiriez-vous ?« ) sont parmi les atouts de cet Élixir de nouvelles steampunk, porté par une plume précise et prenante. Si les nouvelles sont intéressantes individuellement, elles prennent encore plus de sens au sein de ce recueil, qui se présente comme un objet éditorial particulièrement abouti en plus d’être un objet littéraire atypique. Une fois Élixir de nouvelles steampunk terminé, on n’a qu’une envie : le reprendre du début pour saisir toute la subtilité des indices disséminés par Delphine Schmitz au fil des pages, et redécouvrir le livre sous un autre angle.

[désolée pour le peu de citations, mais je dois avouer que les textes étant courts mais les intrigues denses et l’effet de surprise important, je n’ai pas voulu vous spoiler avec des extraits]

> SCHMITZ, Delphine – Élixir de nouvelles steampunk – Séma Éditions. Retrouvez l’auteure ici.

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