[critique] le cycle du rézo – tome 1, de guilhem

Bonjour à tous !

Presque une semaine sans article, qu’ai-je lu, qu’ai-je fait ? Eh bien, tout bonnement, j’ai lu le premier tome du Cycle du Rézo de Guilhem, La plante verte. L’auteur m’a en effet très gentiment contactée au début du mois pour me proposer de lire la version numérique de son ouvrage, édité par la petite maison québécoise ELP Editeur (merci encore !). Ce fut, au final, un fort bon moment de lecture : un roman d’espionnage SF à l’humour décapant, qui m’a fait sourire et réfléchir sous ses dehors loufoques.

la_plante_verte_guilhem[« La vie en cette année 2234 n’était pas forcément dure pour tous les hommes, seulement, comme depuis la nuit des temps, pour une immense majorité. ». Le gouvernement de l’Europe unifiée est sur les dents. Une flotte extraterrestre est en train de se pointer aux confins du système solaire. Nous sommes au bord du tout premier de tous les premiers contacts. (…) Sur un autre plan, le quadragénaire Marhek Lorme, mi-détective privé, mi-barbouze à la retraite, enquête sur l’assassinat de son meilleur ami espion et de l’épouse de ce dernier par d’obscurs services non identifiés. (…) Qui a fait quoi ? Qui tire les ficelles brutalement et arbitrairement plantées dans la tête de qui ? C’est la valse des agents doubles, triples, quadruples. Marhek Lorme et son jeune subalterne, le stagiaire Johnson, mettent ainsi involontairement pied dans une histoire qui les dépasse…(…) Et pendant ce temps, dans le bureau d’un important homme d’État européen, il y a une plante verte enracinée d’assez longue date dans son pot.] (résumé officiel grandement raccourci, n’hésitez pas à le lire en entier ici !)

Si l’histoire part du personnage de Marhek, ex-agent des Services Secrets Européens forcé de reprendre du service suite à l’assassinat de son meilleur ami, elle dépasse très vite la simple relation de son enquête. Entre magouilles politico-économiques, complot et découvertes scientifiques révolutionnaires, La plante verte nous emporte dans plusieurs trames narratives et nous fait rencontrer de nombreux personnages : le stagiaire Johnson, assistant de Marhek pour son enquête, le peu efficace europrésident Andrescu et son détestable subordonné l’euroministre Sconi en charge des Services Secrets, l’attachant chercheur Vassili… Chacun des protagonistes a droit à ses moments de gloire, voit son caractère approfondi et détaillé, et surtout participe à casser des codes. En effet, le roman de Guilhem joue allègrement avec les stéréotypes : en appuyant là où ça fait mal et en exagérant encore des poncifs de la SF et du roman d’enquête, l’auteur propose un regard décalé et résolument plein d’humour sur le cliché vu et revu de l’agent double doublé (les taupes sont légion, sont démasquées puis redémasquées et révèlent trois identités avant de changer d’avis à chaque retournement de situation), sur les médias-poubelles (la chaîne de télévision loufoque pas du tout crédible est la seule à avoir la bonne information), sur les scientifiques tout aussi véreux que certains politiques… Tout est à contre-courant, même les expressions qu’utilise Marhek (j’avoue que ses proverbes mélangés m’ont vraiment fait sourire ! c’est-y pas chouette ? « Je suis toujours dans les choux blancs concernant les responsables de la mort d’Andreas, pensa-t-il. » ou « Tu espères quand même parce que t’es con. C’est le propre de l’homme comme un sou neuf d’être con« , et même que ça fait sens parfois si si !), et l’aspect satirique est très bien exploité pour faire de ce texte une lecture qui se démarque, à la limite de l’absurde (mais quelle est cette obsession avec le nombre 11 ? « Le jeudi 15 janvier, vers onze heures onze du matin, c’est-à-dire à peu près onze secondes avant que le premier bip ne se déclenche, onze antennes avaient pivoté en parfaite synchronie. (…) Les antennes s’étaient stabilisées sur une source d’émission située à 1 444 675 228 km, 331 m et 11 cm du soleil, avec plus ou moins 11 mm d’incertitude.« ).

J’ai adoré – mais vraiment adoré – l’univers dans lequel nous embarque l’auteur : on est en 2234, et bien des choses ont changé sur notre bonne vieille planète. Guerres et bouleversements climatiques ont recomposé les saisons (eh ouais : « On était en janvier. C’était le second automne et la nature ne savait plus où donner du bourgeon.« ), mais aussi les Etats et les jeux d’influences : l’Union européenne est devenue la Grande Europe, le chômage est omniprésent, la France est une « eurorégion » à l’image détruite et Paris loin d’être considérée comme une capitale de l’élégance. Les complexes conflits d’intérêts politiques et économiques sont construits avec intelligence et minutie, et décrits de façon très claire : on ne s’embrouille que lorsque l’auteur le veut bien, et que l’on doit se retrouver au même niveau que les personnages. Même dans ce cas et grâce à notre vue d’ensemble, on a toujours un pas d’avance sur eux… mais guère plus, et l’on se fait régulièrement surprendre par les rebondissement nerveux qui ponctuent la narration. L’intrigue est maîtrisée, pleine d’action, même si j’ai parfois trouvé pendant ma lecture que certains passages s’étiraient un peu en longueur pour développer des événements pas si significatifs que ça. Et encore ! A posteriori, je m’aperçois que j’ai aussi apprécié ces moments, qui permettent de faire une pause ou de découvrir un peu plus les personnages. En revanche, j’ai eu l’impression également de quelques « lourdeurs », plus sur le fond que sur la forme (un passage tout particulièrement, qui se veut sans nul doute second degré mais ne m’a pas exactement fait rire : y sont mises en parallèle les « attentes sexuelles » de deux jeunes au début d’une relation à base de « oh j’espère qu’il sera un bon père, il est si différent des autres » pour la femme et de « pas de capote, tant pis, je veux me la faire » pour l’homme), qui m’ont davantage gênée.

Quitte à me répéter, j’ai vraiment aimé la crédibilité et l’inventivité de l’univers que nous propose Guilhem (avec moult clins d’oeil) : les nombreuses innovations techniques, extrêmement bien pensées et qui finalement semblent découler tout naturellement de nos technologies actuelles (comme l’holoconf faisant office de téléphone/porte-monnaie/ordinateur, les véhicules antigrav ou les combinaisons de camouflage à la Harry Potter), les Services Secrets dont on n’arrive pas vraiment à déterminer si ce sont des génies ou des incompétents finis, les planques de Marhek qui semblent poper de nulle part et partout… c’est si riche que je ne saurais pas citer tout ce qui m’a plu et m’a rendu l’immersion aussi facile. De rebondissement en rebondissement, l’intrigue ne s’arrête jamais, on court d’un bout à l’autre de l’Europe, on passe d’un point de vue au suivant avec fluidité, et les différentes strates de l’histoire se superposent et se répondent même parfois, preuve de la réflexion de l’auteur. Au fil des pages, on retrouve de plus comme un fil d’Ariane la petite plante en pot installée dans le bureau de l’euroministre Sconi, qui semble par un caprice du destin avoir atterri au pire endroit pour un pauvre ficus innocent et justifie le titre.

Cet ouvrage a été pour moi une bonne lecture, divertissante et atypique. Si certains passages m’ont un peu moins convaincue de leur utilité à l’intrigue, ils ne cassent pas pour autant le rythme et donnent une vraie identité à La plante verte : la plume de Guilhem est tout aussi anticonformiste que son ton, et l’histoire y gagne une originalité bienvenue (et nous interroge : « Sommes-nous vraiment déjà sortis du chaos ou bien n’avons-nous jusque là que tenté d’organiser des millénaires de bordel sans nom ? »… vous avez quatre heures). Le futur décrit est plausible, se révélant au fil des pages en une profusion de détails témoignant du travail de recherche de l’auteur. Seul véritable bémol pour moi : la présence dans ma version de (trop) nombreuses coquilles, de la bien excusable faute de frappe au « malgré que » de sinistre réputation en passant par « trop prêt » à la place de « trop près ». Ceci mis à part (car facile à corriger), j’ai été séduite par cette histoire de manipulation, de manipulateurs et de manipulés, maniant sans relâche ironie mordante et autodérision. Le dénouement, si il clôt bel et bien une partie des événements, laisse d’autres points en suspens et suggère un deuxième tome que j’ai hâte de pouvoir découvrir lorsqu’il sera écrit… et en attendant, je ne peux que vous inviter à lire ce premier opus !

> Guilhem – Le Cycle du Rézo, tome 1 : La Plante Verte, ELP Editeur.

EDIT – Suite à la parution de cette critique, j’ai pu échanger avec l’auteur au sujet des coquilles mentionnées ci-dessus. Une nouvelle édition revue et corrigée était en fait en préparation déjà lors de ma lecture, et elle est maintenant disponible. Elle tient également compte, entre autres bien sûr, de mes remarques et je ne vois plus guère ce que j’aurais à lui reprocher maintenant ! Je vous invite donc d’autant plus à aller découvrir le premier tome du Cycle du Rézo, et remercie encore l’auteur pour cet enrichissant partenariat.

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