[critique] ce qui nous oppose, de nina frey

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je viens vous parler d’une lecture pleine d’émotion dont les personnages m’ont envoûtée – et me hantent encore alors que j’écris cette chronique (quelques semaines après ma lecture) : Ce qui nous oppose, de Nina Frey (que je remercie encore infiniment pour l’envoi).

[« Sale freak » ! Si pour Tina c’est un compliment, pour Max ce genre de remarque est un combat quotidien. Tout oppose Tina et Max sauf une chose : le regard des autres, celui qui donne confiance comme il peut détruire, et qui n’épargne ni l’un ni l’autre. Tina a fui sa famille pour s’installer dans un squat parisien, tandis que Max tente de recoller les morceaux de sa vie après un grave accident. Face à l’angoisse du passé et la violence du quotidien, seront-ils capables, ensemble, d’avancer ?]

« Beau ». C’est le premier mot qui m’est venu en refermant le livre, et c’est celui qui me revient maintenant : beauté de l’histoire si touchante, racontée avec pudeur et justesse – beauté de la plume toute en douceur et en délicatesse. Nina Frey, comme j’avais pu le constater en lisant son premier roman Charlie, 17 ans, a un vrai talent pour dire très précisément les émotions et pour donner vie et coeur à ses personnages.

Suis-je vraiment prêt à la perdre sans même avoir essayé ? À renoncer à la promesse qu’une nuit a créée, à nos discussions, à ses provocations, à elle ? Pas encore je crois. Pas sans me battre. Il serait tellement simple de renoncer à vivre avant même d’avoir essayé. [Max]

Ceux-ci sont fouillés, riches et toujours bien plus complexes que ce qu’on imaginerait au premier abord. Rejoignant le propos de son livre par la mise en scène de ses personnages, Nina Frey nous invite à regarder au-delà des apparences et à dépasser la première impression avant de se faire une opinion. De Théo à Eva en passant par Mél (une amie de Max), les personnages secondaires portent le récit autant que le duo principal formé par Tina et Max : ils étoffent l’environnement et les motivations des protagonistes, et surtout ils vivent leurs propres histoires en parallèle. On n’a jamais l’impression de se trouver face à des personnages qui viendraient juste « remplir » le livre pour éviter un vide autour des héros : chaque ami, chaque parent, chaque connaissance a suffisamment de réalité pour exister par lui-même et on pourrait écrire des romans spécifiquement sur Lucile (la soeur de Max) ou Ben J. (un ami de Tina).

Dans ce cadre, que dire de Tina et Max ? Encore plus que les autres, ils sont creusés et complexes : le travail réalisé par Nina Frey sur leur histoire, leur caractère ou leurs motivations est incroyable. À partir de ce fond, le dosage entre ce qui est dit et ce qui est laissé à l’appréciation du lecteur est toujours juste : on a exactement ce qu’il nous faut pour comprendre et même extrapoler, et ce qui n’est pas nécessaire reste à l’arrière (et pourrait également donner lieu à des préquels absolument passionnants). On ne nous raconte dans le détail ni le passé de Tina ni l’accident de Max qui sont pourtant au premier plan de l’intrigue – et en fait, on n’en a pas besoin. Le passé des personnages est si constitutif de leur caractère qu’il n’est pas besoin d’insister davantage : en distillant les informations utiles au fil de la narration, l’autrice nous laisse libres de compléter les « blancs » tout en montrant sa grande maîtrise de l’histoire et de son charadesign. Elle nous donne les clés pour entrer dans son monde, pour aller plus ou moins loin selon ce que l’on souhaite, sans nous forcer à ingurgiter une infinité de détails comme pour étaler toutes ses notes préparatoires devant nos yeux.

J’approche mon visage du sien sans quitter son regard, puis plus près. Un baiser est-il capable de tout réparer ? La douceur du contact est inouïe ; une aile de papillon au milieu du vacarme de la vie. [Tina]

Ce qui nous oppose est la relation fragile d’une relation fragile. La forme rejoint ici le fond : la plume est aussi délicate que Tina et Max sont vulnérables. Tous deux sont un peu abîmés par la vie, toujours à deux doigts de craquer, et pourtant ils se rattrapent constamment mutuellement. Cet équilibre subtil donne une histoire poignante, mais pas dans le genre mélodramatique qui fait verser des torrents de larmes. Ce qui nous oppose est bien plus fin que cela, c’est une histoire qui touche en plein coeur, qui résonne, qui questionne, une lecture à fleur de peau. C’est touchant parce que c’est juste. Parce qu’on est projetés tour à tour dans la tête de Tina et dans celle de Max, et qu’on comprend leurs doutes : on voit leurs failles et leurs blessures, on voit grandir en même temps leurs espoirs et la crainte qu’ils ont d’être déçus. L’alternance des points de vue donne toute sa richesse à l’histoire, en offrant des témoignages croisés sur une rencontre entre deux personnes profondément imparfaites… mais qui n’ont pas besoin de l’être ou même de le devenir. Ni dans l’absolu, ni l’un pour l’autre. Tina et Max sont eux-mêmes, ensemble, et advienne que pourra. Leur histoire semble faite d’à-coups, de surprises pas toujours bonnes, de révélations ; elle est difficile, mais elle leur ressemble et c’est ce qui en fait l’intérêt.

Je me dis que nous sommes deux dingues qui regardent leur propre reflet dans les yeux l’un de l’autre, avec l’espoir qu’il fera ce qu’on est profondément incapable de faire. Un miroir au reflet infini, sans issue, inextricable. [Tina]

En laissant les personnages de Ce qui nous oppose continuer leur vie de papier (qui semble pourtant bien plus que ça), j’ai très vite ressenti comme une douce nostalgie, et je reste sur l’impression d’avoir, en lisant leur histoire, surpris quelque chose d’intime et de fragile. De joli – de beau, même, comme je le disais plus haut, et en tout cas quelque chose qui vaut drôlement le coup.

> FREY, Nina – Ce qui nous oppose – auto-édité et disponible ici.

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