[critique] 96 – tome 1, de benjamin et caroline karo

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, je vous retrouve pour une nouvelle critique d’auto-édité. J’ai en effet été contactée il y a quelque temps par Benjamin Karo, co-auteur de La sixième corde, qui me proposait de découvrir ce roman (premier tome d’un diptyque et d’ores et déjà destiné à une adaptation sur grand écran). Intriguée par le résumé – vous savez maintenant que j’aime sortir de ma zone de confort quand j’accepte des partenariats – j’ai accepté, et j’ai découvert une histoire prenante et sortant de l’ordinaire, même si ma lecture a été un peu mitigée. Merci encore aux auteurs pour leur confiance, et je vous laisse avec la chronique.

[Certains matins, la vie vous laisse sacrément seul. Seul devant vos choix, avec vos doutes, face à l’avenir et, parfois pire, confronté à votre histoire. Qu’avais-je décidé cette nuit-là ? Difficile de le dire, mais je savais que j’avais une semaine pour évacuer douze années de mon passé, une semaine à vivre sans modération, une semaine pour préparer mon futur avec Emma. L’heure était venue de faire une valise, pleine de mes trois meilleurs amis, de Doliprane et de la bande originale du plus capital des road trips de ma vie.]

Arnaud, la trentaine, a plutôt la belle vie. Expatrié à Londres et vivant de sa passion (la musique), il semble de plus bien installé dans une relation harmonieuse avec sa compagne Emma. Si bien installé qu’ils envisagent le mariage… mais avant cela, ils se mettent d’accord pour tirer un trait sur leurs amours passées. Pour ce faire, tous deux décident de passer une semaine séparés, afin de retrouver leurs ex et s’assurer d’avoir fait le bon choix. Emma part pour Montréal (et disparaît pour la quasi-totalité du roman, malheureusement), et Arnaud réunit sa bande d’amis pour un tour de France dont les étapes seront ses 5 ex les plus importantes. L’idée, fort originale, m’a d’abord laissée perplexe… avant que je décide d’accepter le concept et que je me laisse emporter par la plume des auteurs. En effet, le texte très rythmé (notamment par moult dialogues) est bourré de péripéties, se lit avec facilité et sait renouveler sans cesse l’attention du lecteur : on suit avec intérêt et sans temps mort les aventures d’Arnaud et de ses compagnons de route, en appréciant le fait que chaque scène de retrouvailles apporte quelque chose de différent à l’histoire. La plume fluide (parce que non, on n’a pas l’impression de lire un texte à quatre mains) et la cohérence du tout ont pour moi fait de La sixième corde un bon moment de lecture, léger et surprenant.

Cependant, j’ai eu de sérieux problèmes avec les personnages. À côté de Vincent le dragueur bien macho (qui certes est au final un peu plus profond que ça, mais s’en donne à coeur joie pour montrer qu’il « sait s’y prendre » avec les femmes), Romain l’éternel amoureux déçu au coeur d’artichaut et Eni le businessman raté qui cherche à s’affirmer (ah, et il est indien, au cas où le texte ne le rappelerait pas assez à coups de surnoms et de blagues foireuses de la part des autres gars), Arnaud me paraissait de base plutôt sympathique. Et ces personnages, au fond, je les aime bien après avoir passé le livre à les suivre, et à apprendre à déchiffrer leurs caractères… Mais malheureusement, j’ai trouvé leur attitude éminemment désagréable – typiquement, si je les rencontrais dans la vraie vie, je suis sûre que je les détesterais. Leur comportement de « sales gosses » qui dilapident leur argent et passent leur temps à essayer de « choper » de la demoiselle (attention, pas une soirée sans que Vincent ne cherche à attirer une femme dans son lit !) pourrait encore passer – après tout, les personnages sont très plausibles dans la façon dont ils sont décrits – mais je dois dire que leur façon de traiter les femmes, que ce soit par mots ou par gestes, m’a révoltée. Et les femmes, parlons-en : presque toutes celles qu’ils croisent pendant leur périple semblent comme par hasard à la fois très belles et tout à fait disposées à se laisser faire par ces messieurs, de la réceptionniste de l’hôtel à la personne lambda rencontrée dans un restaurant et traitée n’importe comment par ce goujat de Vincent ! Les personnages féminins qui ne se laissent pas avoir sont rares et trop peu présents : Emma n’apparaît qu’un tout petit peu au début et à la fin, Alice, l’amie de lycée de la bande, n’est qu’effleurée… Les ex d’Arnaud, quant à elles, sont un peu mieux exploitées : j’ai notamment bien apprécié que l’une d’elles fasse enfin écho à mes pensées en trouvant que c’était somme toute bien intrusif de refaire irruption dans la vie de son ex (comme elle le dit si bien à Arnaud en le touchant en plein dans ses contradictions : « – Mais on s’est déjà dit au revoir, quand on s’est séparés. (…) – Je ne suis pas venu pour rien. J’ai vu ta fille, ton bonheur, ta maison. – Je ne suis pas un musée, se durcit-elle. »). De plus, la diversité des réactions de ces femmes donne une certaine richesse à l’histoire, permettant de construire également le personnage d’Arnaud.

Car au final, c’est l’aspect psychologique qui donne son intérêt à La sixième corde. Au-delà des questionnements intérieurs d’Arnaud (sur l’amour, sur l’amitié, sur son rapport au passé – « Ignorer soigneusement le passé, c’était aussi quelque part se protéger d’une très grande partie de nos doutes du présent. C’était définir la vérité dans un périmètre bien contrôlé et contrôlable. En était-ce pour autant un mensonge ? Un mensonge par omission, tout au plus. L’omission de vérité d’un autre temps, pas de faits dont il fallait organiser le déni à tout prix. » et au futur et aussi sur le concept même de cette virée entre amis), j’ai retenu une belle histoire d’amitié. La relation entre les quatre personnages principaux, aussi agaçants puissent-ils être dans leur façon d’être, sonne tout simplement très juste : leur franche camaraderie et leurs échanges bourrus (que ce soient leurs délires communs ou leurs disputes) laissent deviner une forte complicité, qui malgré les épreuves subies au fil du texte, ressort encore accrue de ce road trip (« Trois mecs si singuliers, si différents et pourtant presque superposables, parfois. Nous avions tous les mêmes problèmes et les mêmes projets, les mêmes brèches et la même sincérité, que certains l’expriment et d’autres non. J’étais fier d’être le dernier point cardinal de cette carte au trésor et comptais bien défendre jusqu’à la mort le butin si précieux qu’était cette amitié en or massif. »). Je reste un peu perplexe quant à la fin qui m’a à la fois décontenancée et intriguée, mais j’ai aimé le fond de cette histoire, originale et bien menée. Un bon moment de lecture donc, dont les défauts (totalement subjectifs soyons clairs, ma non-affinité avec les personnages ne peut être universalisée) n’ont pas éclipsé les qualités, pour un livre qui saura très certainement réussir sa transformation en film !

> KARO, Benjamin et KARO, Caroline – 96, tome 1 : La sixième corde – auto-édité et disponible ici. Retrouvez les auteurs ici.

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