[aparté] mes études #3 – master littérature de jeunesse, le bilan

Salut le monde !

Il y a presque un an, je vous présentais mon master, le master Lettres modernes mention Littérature de jeunesse de l’université Lille 3 (qui deviendra bientôt Lille SHS). J’arrivais alors en fin de premier semestre de M1, et j’avais tenté de vous faire une présentation assez complète de ce que je faisais de mes journées. Cependant, ce premier semestre est plutôt à part puisqu’il s’agit d’un tronc commun à tous les étudiant·e·s en lettres modernes ; le reste du master est dédié spécifiquement à la littérature de jeunesse et mérite donc que je vous en parle plus précisément, maintenant que j’arrive à la fin de mes études (oui, je ne suis qu’au milieu de mon premier semestre de M2, mais en janvier je partirai en stage et je n’aurai plus cours). Je fais aussi cet article parce qu’en discutant avec les M1 de cette année, j’ai appris que mon avis leur avait servi au moment de leurs recherches, et j’en déduis qu’un complément sera sûrement utile à d’autres.

Attention, je vous donne des informations qui correspondent à mon vécu pour la période 2016-2018. Il est presque sûr que certaines choses ne seront plus valables d’ici quelques années (ou même d’ici l’année prochaine pour les types d’examens ou les contenus des cours) ; cependant les infos ci-dessous peuvent servir à titre indicatif pour avoir une idée plus précise du master.

¤ Rappel : ce master, pour quoi faire ?  ¤

Le master Littérature de jeunesse de Lille est un master plutôt théorique dans ses enseignements, mais qui tend à s’ouvrir sur le monde professionnel au fil des semestres. Il comprend en effet un stage facultatif en première année et une période de stage obligatoire en deuxième année (2 semaines minimum pour le premier, 4 mois minimum pour la seconde). Pour les étudiant·e·s sortant·e·s, il y a plusieurs possibilités : repartir dans une autre filière pour compléter son cursus, continuer dans la recherche ou se lancer dans la vie professionnelle (édition, mais aussi éventuellement librairie, bibliothèque ou médiation culturelle, presque tout est possible tant que ça reste en lien avec la littérature de jeunesse). Pour ma part, je me dirige vers l’assistanat d’édition avec de l’espoir dans le coeur et des paillettes dans les yeux.

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[moi devant une annonce pour un poste d’assistante éditoriale]

Parmi les sortant·e·s de l’année dernière (oui j’ai mené l’enquête auprès des anciens M2, mode Sherlock activé), on compte à ce jour quelques réorientations (redoublement ou aiguillage vers un autre master complémentaire), mais aussi trois libraires en CDI, une éditrice en freelance, une personne dans une plateforme éditoriale, une future doctorante… un peu de tout donc !

Par ailleurs, il s’agit certes d’un master littéraire, mais ne stressez pas si vous ne venez pas de lettres : nous sommes chaque année nombreux·ses à sortir de filières très variées, et c’est plus un atout qu’un problème ! Dans ma promo, pas mal viennent de lettres mais plusieurs viennent d’anglais, de droit, de com, de la vie professionnelle… et tout le monde se retrouve au même niveau en M1 ! Vous aurez peut-être à pousser davantage vos recherches personnelles si vous vous sentez en deçà sur certains sujets, mais il n’y a rien d’insurmontable et j’ai personnellement trouvé très avantageux d’avoir un passif en communication et une expérience perso en informatique, tant pour les stages que pour les cours. Gardez à l’esprit que votre vécu et vos compétences vous apporteront quelque chose que les autres n’ont pas, et que l’originalité de votre parcours peut s’avérer un point fort au même titre que la potentielle expertise d’étudiant·e·s 100% littéraires !

¤ Comment se passe le S2 (deuxième semestre du M1) ? ¤

Après avoir remis tout le monde à niveau (et perdu quelques personnes en route), le master Littérature de jeunesse offre en S2 un programme bien plus centré sur le sujet éponyme : histoire de la littérature de jeunesse (suite du séminaire du premier semestre, ici consacré aux XIXème, XXème et XXIème siècles – ça vaut le coup de s’accrocher parce qu’avec cette période on rentre dans le vif du sujet !), cours sur la littérature orale et la culture de l’enfance (contes, comptines, réécritures), cycle de conférences sur le roman jeunesse (avec 3 interventions passionnantes sur Le Seigneur des Anneaux, L’Histoire sans fin et L’Île au trésor), sociologie de l’édition pour la jeunesse, deux cours plus axés pro sur l’édition et la librairie, un cours plus axé communication sur l’analyse de discours, une langue au choix… et ! un bonus par rapport au premier semestre : la dernière UE est SOIT un séminaire de recherche SOIT un stage (sans période banalisée pour l’effectuer donc par contre c’est sportif pour le caser dans l’emploi du temps, ou alors il faut faire un bébé stage pendant les vacances). Si vous voulez plus d’infos sur le stage, dites-le moi en commentaire et je ferai un article dédié pour regrouper mes différentes expériences.

¤ Et les partiels de M1, ça donne quoi, c’est l’horreur ? ¤

Prenons l’exemple du deuxième semestre. Avec tous les cours énoncés plus haut, on cumulait pour les partiels de mai :
– 4 partiels sur table de type question(s) de cours ou de réflexion
– un oral redouté et redoutable en histoire de la littérature de jeunesse
– 2 dossiers
+ 2 exposés (1 en solo et 1 en groupe) pendant le semestre
+ toujours des traductions hebdomadaires pour moi avec mon cours d’allemand (pour les autres langues il s’agissait je crois je crois de dossiers/partiels finaux)
+ les éventuels rattrapages du premier semestre pour les personnes concernées

Mine de rien, ça fait quand même un sacré paquet de travail et il faut être motivé·e et organisé·e pour tout boucler dans les temps (pas comme moi qui ai fait mes deux dossiers la veille de l’oral d’histoire, tout va bien oklm). J’en profite pour préciser que niveau méthode de travail, je ne suis pas forcément une référence même si j’ai toujours des résultats satisfaisants, je me permets donc de plutôt vous aiguiller vers les conseils de Buffy Mars pour plus de sérénité dans vos études. Un nombre conséquent de personnes est allé aux rattrapages pour le deuxième semestre (notamment pour l’oral) ; cependant il faut noter que toutes les personnes que je connais bien qui ont passé une ou plusieurs épreuves des rattrapages ont réussi à valider – donc c’est faisable !

¤ Et alors après toutes ces péripéties, le M2, ça se passe comment ? ¤

Prenons les choses méthodiquement :

Qu’y a-t-il dans ce semestre ? Des cours sur la littérature de jeunesse, obviously (un cours d’imaginaire de la création c’est-à-dire d’analyse de l’oeuvre d’un auteur selon un angle « poétique du sujet », un cours sur l’illustration pour la jeunesse, un cours sur la BD et un autre sur l’album et enfin un cours sur les fictions de jeunesse et les médias de masse), mais aussi des enseignements plus professionnalisants, ce qui est un plus (un atelier d’écriture, un cours de théorie de la communication, un cours d’informatique pour pratiquer la publication assistée par ordinateur et un cours sur le livre numérique avec un focus sur la gestion de projet éditorial). Au niveau du travail, c’est intense par rapport au M1 ; on est sur 4 dossiers (dont 2 associés à un exposé), 2 partiels, un travail de réflexion sur la pratique de l’écriture, un texte de création pour l’atelier d’écriture, un projet éditorial fictif de livre numérique, un site internet et un document papier pour le cours de PAO. BREF. C’est du lourd, sachant qu’en plus de tout ça, il faut pendant ce temps rechercher son/ses stage(s) pour le deuxième semestre et… commencer son mémoire !

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[après une semaine de « alors pour mon cours vous serez évalué·e·s sur… »]

Parce que oui, si on est potentiellement tranquille pendant la première année, la deuxième se conclut obligatoirement par deux soutenances : une soutenance de stage et une soutenance de mémoire. Mais qu’est-ce à dire que ce mémoire ? Il s’agit d’un travail de recherche sérieusement documenté entre 50 et 120 pages (selon le type de mémoire choisi : court pour les étudiants lambda, long pour ceux qui veulent faire de la recherche par la suite en continuant en doctorat), autour d’un sujet de votre choix. Sachant que pendant le deuxième semestre, il est notoirement compliqué de conjuguer stage et recherche, il est important de s’y prendre à l’avance (voire dès la première année si vous êtes une personne surmotivée) pour choisir son sujet, définir sa problématique et son plan et commencer ses lectures théoriques. Et si vraiment vous êtes d’attaque, vous pouvez avoir déjà rédigé la majeure partie de votre mémoire en décembre histoire d’être tranquille. Cependant, pour en arriver là, il faut déjà si vous avez suivi avoir bouclé tout le reste – ce qui est peu courant – et donc pas mal d’étudiant·e·s passent leurs soutenances en septembre (c’est fréquent, ce n’est pas grave et ça permet de ne pas bâcler, no panic tout va bien se passer).

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[à moins de taper son mémoire aussi vite que ça, bien sûr]

¤ Mais ça a l’air d’être hyper galère ton truc, ça vaut le coup au moins ? ¤

Soyons honnête, le M2 Littérature de jeunesse ne sera pas l’année la plus reposante de votre vie. Cependant c’est une année extrêmement enrichissante, tant au niveau des apprentissages théoriques que des compétences pratiques acquises, et c’est un vrai challenge. Vous en ressortirez avec une grosse culture générale en littérature de jeunesse, des bases à la fois en communication et en informatique (ça fait toujours plaisir), une capacité de raisonnement, de travail et de synthèse appréciables… et surtout, si vous avez fait de bons choix là où vous en aviez la possibilité, vous ne vous serez pas ennuyé·e. En effet, la plupart des cours sont obligatoires et il peut sembler que vous n’avez pas trop le choix… mais que nenni !

La quasi-totalité des dossiers/exposés/projets sur l’ensemble du master sont à sujet libre (et les profs sont plutôt ouvert·e·s d’esprit donc il ne faut pas hésiter à se lancer sur ce qui vous parle le plus), tout comme l’est votre mémoire qui constitue une grosse partie du travail de recherche ; de plus, vous sélectionnez vous-même votre lieu de stage (enfin, il faut aussi réussir à être pris·e là où vous voulez, mais ceci est une autre histoire).

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Au final, à part pour les cours magistraux purs sanctionnés par un partiel-question de cours, vous pouvez faire en sorte de travailler sur ce qui VOUS fait plaisir, sur les livres qui vous ont marqué·e, sur les personnages qui vous intéressent… C’est donc un master à fort potentiel de fun ; parce que oui la recherche ça peut être fun si vous planchez sur ce qui vous plaît ! Quel·le Potterhead n’a jamais rêvé d’étudier Le prisonnier d’Azkaban plutôt qu’un classique en français ? Quel·le passionné·e de jeu vidéo ne s’est jamais dit « ah, cette analyse, ce serait vraiment autre chose si je pouvais la faire sur [insérez votre jeu préféré] » ? En littérature de jeunesse, la recherche universitaire est encore en plein développement et il y a énormément de choses à faire qui n’ont encore jamais été étudiées ; c’est très gratifiant de travailler sur quelque chose d’innovant voire d’inédit ! (pour ma part je fais mon mémoire sur l’imaginaire de la princesse dans les jeux Mario Bros. et c’est assez satisfaisant de voir le regard à la fois épaté et incrédule des gens quand j’en parle)

¤ Et niveau ambiance, c’est pas trop lourd ? ¤

Eh bien, toujours pas. Il y a eu une grosse chute des effectifs entre le M1 et le M2 (c’est passé d’une quarantaine de personnes à une vingtaine), ce qui a permis de créer un groupe plus restreint et, d’après moi, plus soudé. À partir du master, les promos sont de toute façon petites, mais ici on est vraiment dans un groupe centré sur l’entraide et la bonne humeur. Les cours sont souvent animés, les questions intéressantes et on sait qu’on peut compter les uns sur les autres pour se passer les infos. Comme dans mon premier article, j’ai peut-être une vision un peu idyllique, mais je trouve qu’il y a une belle dynamique dans ma promo et c’est tant mieux, parce que la charge de travail pourrait vite devenir assommante si tout était fait de façon monotone et solitaire. Un autre point positif pour moi est la possibilité d’échange entre les M1 et les M2, ce qui permet de créer du lien et de transmettre des conseils d’une année à l’autre (plutôt rassurant quand on débarque en M1).

¤ Alors, le bilan ? ¤

Vous pouvez sûrement le sentir dans les lignes ci-dessus (j’espère) : il s’agit d’un master qui m’a beaucoup plu et apporté : j’ai trouvé passionnant de travailler sur un sujet qui fait partie de ma vie de lectrice depuis toujours, j’ai découvert énormément de choses et rencontré des personnes formidables, j’ai pu aiguiser ma curiosité sur plein de sujets au contact de professeurs experts dans leur domaine… Si le programme correspond à ce que vous recherchez, je vous le recommande à fond ! mais seulement à deux conditions :

– d’abord, vous n’avez pas peur d’une charge de travail conséquente (ce n’est pas parce qu’on est en littérature de jeunesse qu’on ne bosse pas sérieusement) et vous vous connaissez assez pour savoir que vous allez pouvoir jongler avec tous les travaux à effectuer, sans céder sur la qualité ou les relectures (elles sont essentielles, un master de lettres sera forcément exigeant sur la langue).
– vous vous engagez en connaissance de cause, après avoir bien compris le fonctionnement du master, le fait que ce n’est pas une formation directe à la vie professionnelle (si vous voulez quelque chose de full pro, explorez plutôt les possibilités de DUT par exemple) et son organisation (y compris le premier semestre généraliste qui peut paraître un peu décourageant à certains).

Mon dernier conseil pourrait je pense s’appliquer à n’importe quelle formation : ne vous contentez pas de ce qu’on vous demande ! Ne soyez pas passif·ve·s dans vos études : vous avez la chance d’avoir accès à l’enseignement de personnes très calées sur leur sujet, mais aussi à des fonds de bibliothèques ultra-complets et à une vie étudiante riche. Bien souvent, le master est votre dernière période en tant qu’étudiant·e : profitez-en ! Faites des stages (après ce n’est plus conventionné et c’est bien plus galère), faites des sorties culturelles si vous le pouvez, échangez avec les personnes de votre promo qui auront sûrement plein de choses à vous apprendre… Bref, choisissez une formation qui vous plaît et tirez-en le maximum, pour ne pas regretter ! Amour et joie à vous, et si vous avez des questions sur le master ou autre chose n’hésitez pas à me contacter ci-dessous ou par mail ☼

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