[aparté] je lis des livres jeunesse et j’en suis fière

Salut le monde !

Bon, vous l’aurez peut-être remarqué, mais je ne suis pas une grande adepte des articles « blabla » et autres discussions sur les livres : non pas que je n’aime pas en discuter ou que je n’aie pas d’opinion, bien sûr – tout simplement je préfère faire connaître mon avis en filigrane de mes chroniques, de peur de ne pas trouver les mots justes pour exprimer le message que je veux faire passer.

Néanmoins, si je vous écris aujourd’hui (un peu en freestyle je l’avoue, donc je ne promets rien quant à la structure de cet article), c’est parce que j’ai envie de vous parler de quelque chose qui me frappe régulièrement dans mon environnement et mes pratiques de lectrice – let me explain.

L’autre jour, je parcourais mon fil de blogs et je suis tombée au détour d’un post sur un bout de phrase qui a l’air anodin et que l’on voit souvent, mais qui me déroute à chaque fois. En effet, avant sa critique (positive, soit dit en passant), la personne en question a ajouté ces quelques mots : « Bon, c’est un livre jeunesse, mais… ». Comme une justification pour présenter à son lectorat un livre « pas de son âge », comme… une excuse ? Loin de moi l’idée de pointer du doigt les personnes qui se reconnaissent dans cette introduction – chacun son rapport à la lecture, je ne remettrai jamais cela en question – mais ce constat m’interroge.

J’ai la chance d’avoir un entourage que je décrirais majoritairement comme cultivé et ouvert d’esprit, qui en plus s’est habitué à me voir lire des livres jeunesse et ne s’en étonne plus vraiment. Et pourtant, de temps en temps (et d’ailleurs une fois très récemment), il m’arrive quand je présente ma lecture en cours de recevoir en retour un « ah, mais c’est pour les enfants non ? » surpris, voire parfois dédaigneux. Eh bien, oui, c’est pour les enfants, et alors ? Parce que j’ai 20 ans, je ne pourrais plus apprécier de lire Matilda ou Les Filles au Chocolat ? Si les livres sont souvent conseillés « à partir de » tel ou tel âge à cause de leur contenu, je n’ai jamais vu d’âge limite de lecture d’un bouquin… À partir de quel âge suis-je censée me cantonner à la « littérature adulte » ? 15 ans ? 18 ans ? 20 ans ? 30 ans ? Et d’ailleurs, où se trouve la limite de ce qui est « acceptable » pour un adulte ? J’ai le « droit » (j’entends, personne ne va me regarder de travers pour ça) de lire Hunger Games young adult » mais soyons clairs, ce terme un peu flou ça désigne surtout des « grands ados » non ?) mais pas des albums illustrés ? Et depuis quand un livre que j’ai apprécié étant enfant ne pourrait plus (ne devrait plus ?) me plaire tout autant voire davantage maintenant ?

Il semblerait qu’encore pour un certain nombre de personnes (et là encore, je nuance, pour une personne qui ne voit pas comme allant de soi que des adultes puissent lire de la littérature « pour enfants », il y en a quarante-douze qui n’y voient rien d’anormal), la littérature de jeunesse serait une sous-littérature… et là, moi je m’insurge. Parce que la littérature de jeunesse, comme toute littérature, a ses codes, ses thématiques (et ses clichés), ses classiques, ses chefs d’œuvre, ses enjeux et son public. Parce que je ne vois pas en quoi lire Harry Potter ou Les Royaumes du Nord ferait de moi une « moins bonne » lectrice que quelqu’un qui lit Musset et Shakespeare (et attention, je ne parlerai même pas de cette idée étrange selon laquelle les littératures de l’imaginaire ne seraient pas de la littérature, oulà je vais m’énerver sinon). Et surtout parce que je passe mon temps à m’émerveiller de découvrir et d’apprendre autant de choses de la littérature jeunesse (mais quelles pépites je déniche chaque mois – que dis-je, chaque semaine – dans les rayons dédiés de ma bibliothèque municipale !). J’ai eu il y a quelques temps une discussion fort intéressante avec le Roi Carotte sur ce que représentait pour nous la littérature, et il est apparu que nous avions des opinions assez divergentes. Pour moi, la littérature est un champ vaste, et tout texte qui trouve son public (en gros) peut s’en réclamer – je ne vois pas par exemple comment on pourrait choisir d’exclure la chick-lit ou la bit-lit (qui étaient les sujets de base de notre conversation) ou toute autre catégorie de livres de la littérature, que ça nous plaise ou non. Selon moi donc, la littérature de jeunesse a tout autant sa place dans mes étagères d’adulte que Zola ou Henning Mankell. Le Roi Carotte, en esthète accompli, a soulevé un point qui mérite d’être mentionné dans sa « définition » de la littérature, invoquant un critère formel pour lui primordial. Mettons… mais si il faut prendre ceci en compte pour considérer un livre comme de la littérature, alors qu’on ne vienne pas me dire que les livres jeunesse seraient dépourvus de travail sur les mots, ou trop simplistes (sans même parler du travail sur la forme dans les illustrés/livres en relief/livres audio…). Parce que dans ce cas, je vous renverrai avec plaisir à la plume poétique et ciselée de Pierre Bottero (dans tous ses textes, mais notamment dans sa trilogie du Pacte des Marchombres – si vous ne l’avez jamais lue, mais qu’attendez-vous c’est de toute beauté), ou au style hyper-caractéristique et travaillé de Patrick Ness dans sa trilogie du Chaos en Marche – entre autres.

Même au-delà du fait que la littérature de jeunesse soit, eh bien, définitivement de la littérature (et en aucun cas inférieure à la littérature pour adultes), je voudrais réfléchir avec vous quelques instants encore sur cette « pression sociale » que tout lecteur affronte à un moment ou à un autre. Je le sais, vous le savez, tout le monde sait, quand on lit en public, ou quand on parle de ses livres préférés à quelqu’un, on s’expose à un jugement (ça peut être juste un regard ou une remarque, bienveillant ou négatif, que cela conduise à une super conversation ou coupe court à l’échange, on n’y peut rien ça se passe – et qui ne le fait pas, regarder le titre du livre que la personne en face de soi lit dans le bus ?). Personnellement, ça me passe bien au-dessus de la tête qu’on trouve que je lis des « mauvais livres » ou des choses qui ne seraient pas « de mon âge », parce que j’ai appris à faire avec et à défendre avec passion mes lectures (namého). Mais le simple fait qu’on se permette éventuellement de décréter que tel ou tel livre ne me correspondrait pas, surtout selon un critère comme mon âge ou mon sexe par exemple, ça me donne envie de crier au WTF. Parce que comme tout le monde (dans mon monde rêvé en tout cas), je lis ce que je veux comme ça me plaît, et je suis la seule à pouvoir décider si ça me convient ou pas, selon mes goûts et mon ressenti de lecture (#freedom).

Et du coup, je ne comprends pas qu’on puisse « rabaisser » une littérature qui a trouvé son public, et qui comporte autant de merveilleuses histoires… et je trouve ça vraiment dommage que persiste cette idée que « la littérature de jeunesse, c’est pour les enfants, tu vas pas lire ça maintenant que tu es grande », alors que ces livres ont tant à offrir. Bien sûr, il y a plein de lecteurs qui ne se retrouvent tout simplement pas dans les livres jeunesse, pour des raisons qui leur sont propres, et je respecte. Mais ! ce n’est pas pour autant qu’on devrait considérer cette lecture comme « moins qualitative » ! On ne devrait pas avoir à affronter autant de « défiance » – parce que parfois ça va jusque là – quand on se pose gentiment pour lire un petit Jaqueline Wilson de derrière les fagots… Alors oui, j’ai 20 ans et des poussières, je suis légalement une adulte, et je lis de la littérature de jeunesse. Et je l’assume, et je dirais même que je le revendique (surtout face à des réactions choquées, j’avoue ça m’amuse). Parce qu’en tant que lectrice, j’aime la diversité des rayons jeunesse et toutes les belles possibilités de lectures supplémentaires qu’ils m’apportent, j’aime me replonger avec un enthousiasme intact dans les univers que j’ai découverts quand j’étais plus jeune, j’aime le grain de folie et l’humour que l’on retrouve souvent dans ce genre de publications (mais aussi l’émotion et la justesse des mots des auteurs jeunesse). Alors messieurs-dames, je vous prie, soyons fous, soyons frais, et décomplexons nos lectures jeunesse ! (non non je ne m’emballe pas)

[Ça y est, c’est fini ! C’était mon petit « coup de gueule » du jour, tout à fait subjectif, pour la liberté de lire de la jeunesse que vous ayiez 8 ou 25 ou 72 ans. J’espère que ce n’était pas trop confus (sûrement que si) et je répète qu’encore une fois, cet article n’a pas pour but d’accuser qui que ce soit. Je suis d’ailleurs tout à fait ouverte au dialogue, mon opinion n’est pas gravée dans le marbre et je ne mords pas les gens qui ne sont pas d’accord avec moi, alors n’hésitez pas à me donner votre ressenti en commentaire. Avez-vous déjà eu des réflexions parce que vous lisiez de la littérature jeunesse ? Est-ce que ça vous a déjà freiné(e) dans votre découverte d’un livre ? Est-ce que vous trouvez vous aussi que certaines lectures sont plus « acceptées » que d’autres – et est-ce que ça vous agace ? Ou alors je m’emballe carrément ? Votre vécu m’intéresse et le sujet me tient à coeur, alors merci d’avance à ceux qui prendront le temps de venir discuter en commentaires (et même à propos d’autres types de lectures) ! Et à tout le monde, que vous vous manifestiez ou non, merci beaucoup de m’avoir lue ☼ Des paillettes et des pétales de tournesols, bye !]

[et c’est le bonus :
* un génial article de Lupiot, du blog Allez vous faire lirePourquoi la littérature jeunesse ?
* un article d’Adlyn, du blog Livres et petits papiers8 idées reçues contre la littérature jeunesse]

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