[aparté] #bbenlivre – 3 livres jeunesse, 3 sujets de société

Salut le monde !

[ceci est un article écrit dans le cadre du OFF de Booktube et la Blogo en Livre (voir à la fin) Enjoy !]

Alors. Au début j’avais prévu de vous parler de femmes scientifiques en littérature de jeunesse – et OUI moi aussi ça m’enjaillait comme sujet je le sentais super, sauf qu’au final je n’ai pas encore eu le temps de lire tous les livres que je voulais lire, et je ne pourrai donc pas faire cet article tout de suite. Pas tout de suite. Ceci est du teasing gentes personnes oui tout à fait.

En attendant, je vous propose un autre article qui poireautait dans mon imagination depuis un petit moment, nourri par quelques lectures ébouriffantes que j’ai pu faire ces derniers mois. Aujourd’hui donc, je vais vous présenter trois livres jeunesse qui parlent – et bien – de sujets de société : deux romans, un recueil de nouvelles, trois titres qui permettent de poser des questions importantes, de réfléchir à notre monde d’aujourd’hui, bref de se former l’esprit et de voir les choses autrement – eh oui rien que ça ! Et on commence tout de suite avec :

¤ La tribu de l’asphalte de Morton Rhue ¤

Chaque année, aux États-Unis, plus de 5000 jeunes SDF meurent dans la rue. C’est-à-dire quatorze, chaque jour : quatorze hier, quatorze aujourd’hui, quatorze demain.

couverture la tribu de l'asphalte morton rhue

Si j’ai eu l’idée de cet article, c’est à cause de ce livre. Ce livre, c’est l’histoire de Maybe, Rainbow, 2Moro, Jewel, Twister, Smog, Tears et Country Club, une tribu de l’asphalte composée d’adolescents qui se sont tous retrouvés à la rue pour une raison ou pour une autre (pour la plupart de la maltraitance familiale, et les raisons font mal). À la rue. De nos jours, à New York – dans le froid, la faim, la maladie et l’indifférence la plus totale. La tribu de l’asphalte, c’est le genre de bouquin qui fait ouvrir les yeux et repenser ce qu’on voit tous les jours. La misère, on sait ce que c’est, en théorie pour la plupart d’entre nous. Des personnes sans-abri, quand on vit en ville, on en voit tous les jours. Et pourtant on préfère ignorer, détourner le regard, ne pas savoir ce qui peut bien se passer dans les rues quand nous, on n’y est plus parce qu’on a un chez-nous pour éviter de rester dehors. Et ce roman, là, avec ses mots crus, son ton froid, implacable, il nous pousse à voir tout ça, à être témoins de la vie impitoyable de ces jeunes qui dorment à même les trottoirs, sous les ponts, dans des squats, la peur au ventre et en brûlant leur existence par les deux bouts. Morton Rhue nous présente, cash, cette famille de la rue unie, solidaire, et nous raconte les bouffées d’espoir, les nuits d’oubli dans les clubs, le désarroi face à la mort. Ça fout un bon coup de poing dans les tripes, parce que ça sonne vrai, parce que ça sonne juste et que ça peut vu que ça nous parle de la réalité vraie de la vie véritable. Et franchement, après une telle lecture, plus possible de détourner le regard.

¤ On n’a rien vu venir ¤

Les semaines qui ont suivi [l’élection], le Parti a édicté une loi par jour. La première a consisté à dire que cette élection avait été la dernière. Maintenant, l’avis des gens, ils n’en ont plus besoin. Tout est décidé, planifié, ordonné. On a vite compris la vie qui allait avec ce nouveau parti : bien huilée, bien réglée, propre et nette, sans rien qui dépasse.

couverture on n'a rien vu venir alice editions

Ce deuxième titre, c’est un recueil de nouvelles : sept plumes, sept histoires, sept étapes de la vie d’un pays qui pourrait être le nôtre, de la démocratie à la dictature. Dans On n’a rien vu venir, chaque texte suit une journée dans ce pays, par les yeux d’enfants qui y habitent, pour montrer la progression subtile d’une nation qui sombre dans un régime totalitaire impitoyable. Premier jour, résultats d’élection : le Parti de la Liberté a obtenu le pouvoir en convaincant les électeurs. Les parents de notre jeune narrateur en sont bien contents, au point d’en faire une fête… mais lui déchante vite en voyant la peur dans les yeux de son meilleur copain, dont la couleur de peau n’est pas la même que la sienne. Très vite, ce parti si prometteur révèle les dessous de son programme et tout se casse la figure : persécution des minorités qui sont souvent contraintes de fuir, répression, uniformisation des masses, contrôle  de l’État sur tous les aspects de la vie quotidienne. Et si certains électeurs se réjouissent, d’autres ne comprennent pas – comment ont-ils pu laisser cette catastrophe se produire ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Ça vous parait impensable, inimaginable, « on s’en rendrait compte quand même vous pensez bien » ? À notre jeune narrateur de la première nouvelle aussi, ça semblait impossible de voir sa vie, son pays changer si vite. Et pourtant. Promis, même si les nouvelles ne vous transcendent pas toutes, ce recueil marquant ne pourra que faire mouche et en profitera pour passer un message fort et plus important que jamais : la politique, il faut y penser, c’est important. (d’ailleurs, je ne suis pas la seule à vous conseiller ce livre, Adlyn en parle fort bien elle aussi)

Je réalise que j’ai trahi mon meilleur pote en chantant [la chanson du Parti]. Je pense à mes parents qui ont voté pour ces monstres. Qui doivent faire la fête, à l’heure qu’il est. Une fête anti Walid, dans ma maison. Et je n’ai rien vu venir.

¤ The Hate U Give d’Angie Thomas ¤

J’ai déjà vu ça des tonnes de fois : un Noir se fait descendre juste parce qu’il est noir et tout part en vrille. J’ai tweeté avec le hashtag RIP, partagé des images sur Tumblr, et signé toutes les pétitions qui passaient. J’ai toujours dit que si ça arrivait à quelqu’un sous mes yeux, j’ouvrirais ma gueule en grand, je mettrais le monde entier au courant.
Et bien voilà, j’y suis. Mais j’ai trop peur pour parler.

couverture the hate u give angie thomas

Ce troisième livre est une claque lui aussi, une histoire douloureuse, révoltante et tristement d’actualité : celle de Khalil, un ado noir assassiné par un policier, et de l’unique témoin, son amie Starr, qui essaie de faire entendre sa voix. La situation vous semble familière ? C’est parce que les violences policières contre la population noire, ici aux États-Unis, sont une terrible réalité (quelques chiffres ?) – et ce roman nous le rappelle bien. Toute l’histoire nous est racontée par Starr, qui cherche à se reconstruire après la mort de son ami d’enfance mais aussi à faire éclater la vérité sur les circonstances du drame : on la suit dans son incompréhension, ses doutes, sa peur des représailles si elle parle, sa solitude dans son lycée où elle est l’une des seules noires, sa colère profonde et dévastatrice… C’est poignant, et aussi terrifiant – et je peux vous assurer que pour moi, femme blanche qui n’a jamais eu à craindre les forces de l’ordre, ça a été absolument révélateur. J’ai beau savoir que le racisme existe, connaître les statistiques, écouter les concerné·e·s en parler, je ne saurai jamais ce que cela représente au quotidien. Peut-être que pour vous, c’est pareil ? Eh bien ce livre, pour le coup, c’est une occasion de se rapprocher ne serait-ce que le temps d’une lecture d’un personnage d’adolescente noire qui fait face au racisme tous les jours en cours, une jeune fille à qui on a appris à se méfier de la police, qui sait que dans son quartier la vie n’est pas rose mais qui veut se battre pour que ça s’arrange – et ça c’est une héroïne sacrément intéressante à découvrir, et une sacrée histoire à réfléchir.

Sometimes you can do everything right and things will still go wrong. The key is to never stop doing right.

Et c’en est fini de cette petite sélection. Ces trois livres, je les ai lus il y a déjà quelques mois, et pourtant je m’en souviens très bien, ils m’ont marquée comme à l’encre indélébile. Impossible de les virer de mon esprit, parce que leurs mots m’ont éduquée, m’ont ouvert les yeux ou m’ont renforcée dans mes convictions (trois choses que la littérature de jeunesse à l’honneur dans cet article gère généralement fort bien) – et j’espère qu’ils en feront de même pour vous !

De votre côté, c’est quoi votre lecture choc de l’année (ou d’avant) ? Le livre qui vous a fait réfléchir, vous a ému·e et motivé·e à porter un autre regard sur le monde ?


Comme signalé plus haut, cet article a été réalisé dans le cadre de l’événement Booktube et la blogo en livre, lancé le 11 juillet et porté par Nathan du Cahier de lecture de Nathan. Depuis quatre ans et en lien avec la fête nationale Partir en livre, BBenLivre a pour but de valoriser la littérature de jeunesse sur la blogosphère. Cette année, pour la deuxième fois, l’opération BBenLivre Le OFF propose, en plus de publications pendant la semaine de Partir en livre, une chaîne de chroniques consacrées à la littérature de jeunesse qui va courir sur tout le mois d’août.

Demain, vous avez rendez-vous sur la chaîne de Pensine Livana pour la suite du OFF : bon visionnage ! Et pour approfondir, n’hésitez pas à rejoindre les réseaux sociaux de BBenLivre et à participer au gros concours en cours jusqu’au 20 août pour gagner une foultitude de livres de qualité.

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4 Comments

  1. Eh bien ça a l’air d’être de sacrées lectures…
    Je garde tout ça comme idées de cadeau pour mon petit cousin (17 ans), qui pensait ne pas aimer lire avant qu’il ne découvre les romans jeunesse sur des thématiques un peu plus sociales (quelle surprise dis donc, ce n’est pas qu’il n’aimait pas lire mais juste que les lectures obligatoires en classe n’étaient pas son type de romans).
    J’irai chercher tout ça pour moi aussi, à la bibliothèque, parce que tu donnes très envie de tout lire, merci pour les recommandations !

    • Je suis ravie si ça t’a donné envie de les lire, et si tu finis par les offrir à ton cousin j’espère que ça lui plaira ! Si ces thématiques l’intéressent dans tous les cas ces trois livres ne devraient pas le laisser indifférent. (et oui oulàlà quelle surprise, c’est fou les lectures obligatoires peuvent dégoûter les jeunes de la lecture qui l’eût cru)
      N’hésite pas à me dire si tu en lis un ce que tu en auras pensé ! (tout n’est pas rose je pense hein, perso pour La tribu de l’asphalte et On n’a rien vu venir je ne pensais vraiment pas qu’ils me marqueraient autant parce qu’en les lisant je me disais bof sur le style ou sur d’autres choses, mais au final eh bien… pan dans les dents x))

    • J’en avais souvent entendu parler aussi, et je l’ai gagné grâce à un concours sur Twitter du coup j’étais super contente, pratique haha Et je suis ravie de t’avoir fait découvrir les deux autres, si jamais tu tombes dessus n’hésite pas :)

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